Un arrêté ministériel du 31 juillet 2026, publié au Journal officiel du 5 août, reconnaît un « sinistre de grande ampleur » pour les feux de forêt de Gironde et des Landes. Si vous dirigez une entreprise touchée, retenez d’abord ce que ce texte ne fait pas : il n’ouvre aucun droit à indemnisation. La confusion circule, elle peut vous coûter des semaines.
Le feu parti de Saumos (Gironde) le 22 juillet et celui de Biscarrosse (Landes), déclaré le 23 juillet, ont parcouru plus de 45 000 hectares : 42 000 hectares pour le seul incendie de Saumos, selon la préfecture de la Gironde, et 3 600 hectares à Biscarrosse. En Gironde, plus de 13 000 entreprises ont été évacuées, dont 7 000 artisanales et 6 300 commerciales, selon le ministre de l’Économie Roland Lescure, en plein pic de saison touristique.
Ce que dit vraiment l’arrêté du 31 juillet
Le texte est pris sur le fondement des articles L. 312-5 et L. 312-10 du code forestier. Son effet est unique et circonscrit : l’abattage des bois consécutif aux dégâts causés par ces feux peut être réalisé par le propriétaire sans délai et sans avertir le centre régional de la propriété forestière de Nouvelle-Aquitaine. C’est une mesure de mise en sécurité et de logistique forestière, pas un dispositif assurantiel. Bâtiments, véhicules, frais de démolition et de déblai, pertes d’exploitation : aucun de ces postes n’y figure.
Vos pertes d’exploitation dépendent de votre contrat
L’incendie ne relève pas du régime des catastrophes naturelles, qui ne couvre pas le feu : il est pris en charge par la garantie incendie de votre multirisque professionnelle, et dépend donc du seul contrat conclu avec votre assureur. La garantie pertes d’exploitation, lorsqu’elle a été souscrite, compense la marge brute que l’entreprise n’a pas réalisée pendant l’interruption ou le ralentissement de l’activité. Le point de vigilance est là : elle est le plus souvent adossée à un dommage matériel garanti dans les locaux assurés. Une entreprise évacuée, enfumée ou privée de clients, mais intacte, n’entre pas nécessairement dans ce cadre. Ce sont alors les extensions qui décident, impossibilité d’accès, carence de fournisseurs, fermeture administrative, et elles restent optionnelles.
Les guichets ouverts, et leurs limites
France Assureurs a annoncé le 27 juillet des mesures dérogatoires pour la Gironde, les Landes et le Var : la déclaration de sinistre peut être faite jusqu’au 31 août 2026, au lieu des cinq jours ouvrés habituels. Le 1er août, Sophie Brocas, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine et préfète de la Gironde, a réuni les représentants du secteur de l’assurance et les experts pour coordonner leur intervention.
Côté public, Bercy a publié le 31 juillet un ensemble de mesures : dégrèvement gracieux de la CFE 2026 pour les locaux détruits ou rendus inaccessibles, examen bienveillant des demandes de report d’échéances fiscales, report des échéances de cotisations Urssaf avec remise d’office des pénalités et majorations de retard, aide financière d’urgence du CPSTI pour les indépendants, traitement en urgence des demandes d’activité partielle. Un interlocuteur unique est joignable au 3006 (appel gratuit), numéro activé par les CCI de Gironde et des Landes et par la CMA Nouvelle-Aquitaine.
La nuance s’impose toutefois. Les mesures assurantielles du 27 juillet visent d’abord les occupants évacués de leur résidence principale : c’est le cas du remboursement des frais de relogement, plafonné à trois semaines. Pour le tissu économique, la préfecture a indiqué qu’« un échange complémentaire sera prochainement organisé avec les assureurs afin d’examiner spécifiquement la situation des entreprises, des exploitations agricoles et des professionnels touchés par les incendies ». Autrement dit, le volet assurantiel des entreprises n’est pas stabilisé.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Nous vous conseillons trois gestes immédiats. Déclarez votre sinistre sans attendre : les assureurs ont porté la date limite au 31 août 2026, mais leur communiqué ne distingue pas les contrats professionnels des contrats de particuliers, faites donc confirmer ce délai par votre assureur. Relisez la clause pertes d’exploitation de votre contrat et vérifiez précisément si une extension « impossibilité d’accès » ou « fermeture administrative » y figure : c’est elle, et non l’arrêté, qui déterminera votre indemnisation si vos murs sont intacts. Documentez enfin la perte de chiffre d’affaires jour par jour dès maintenant, car la charge de la preuve vous incombera.





