Marcel Dassault, déporté à Buchenwald puis père du Mirage

Marcel Dassault, fondateur de Dassault Aviation

En avril 1945, un homme de 53 ans rentre de Buchenwald si diminué qu’il peut à peine marcher. Ses médecins n’espèrent pas qu’il recouvre la santé. Moins de quatre ans plus tard, le 28 février 1949, le premier avion à réaction français produit en série décolle de Melun-Villaroche. Il porte sa signature.

Cet homme s’appelle encore Marcel Bloch. Né à Paris en janvier 1892, il avait fondé la Société d’Études Aéronautiques avec Henry Potez en 1917, puis la Société des Avions Marcel Bloch en 1929, avant de voir ses usines nationalisées par le Front populaire en 1936 et regroupées dans la SNCASO. En octobre 1940, il refuse de mettre son savoir-faire aéronautique au service de l’industrie allemande. Le régime de Vichy l’interne dès ce mois-là. Suivront le fort Montluc à Lyon, puis Drancy, avant la déportation à Buchenwald en août 1944 comme otage politique. Dans le camp, les Allemands lui proposent la liberté contre la direction d’une usine d’aviation à Hanovre. Il refuse une seconde fois. Il reste détenu jusqu’à la libération du camp, le 11 avril 1945.

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Le nom vient de la Résistance

De retour à Paris, il reconstruit tout. Sa société est rebaptisée Société des Avions Marcel Dassault le 20 janvier 1947 ; lui-même porte le nom de Bloch-Dassault par décret de décembre 1946, avant de ne garder que Dassault en février 1949. Dassault vient de « Chardasso », pseudonyme de résistance de son frère Darius Paul Bloch, jeu de mots sur « char d’assaut ». Suivent l’Ouragan en 1949, la famille des Mystère au début des années 1950, le Mirage III dont le premier vol a lieu le 17 novembre 1956, puis le Mystère 20, ancêtre des Falcon d’affaires, qui décolle le 4 mai 1963. Charles Lindbergh le retient pour la flotte de Pan Am : la porte du marché américain s’ouvre.

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La nuance : un refus ne finance pas une usine

Nous nous méfions des morales trop propres. Le redressement de Dassault ne repose pas seulement sur une vertu d’octobre 1940. Il doit beaucoup aux commandes de l’État et à la politique d’exportation française de l’après-guerre, et son fondateur a aussi été un homme politique : élu député en 1951, puis sénateur en 1957. Le refus, lui, a failli lui coûter la vie, et il a mis des années à retrouver l’usage de ses jambes après la diphtérie contractée au camp. Ce n’est pas une méthode de management. C’est une limite tenue à un coût extrême, par un homme qui ne savait pas encore qu’il y survivrait.

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Ce que les dirigeants doivent en retenir

Marcel Dassault meurt le 17 avril 1986, à 94 ans. Quatre mois plus tôt, en décembre 1985, il assistait à la présentation du démonstrateur Rafale dans l’usine de Saint-Cloud. Ce fut le dernier avion qu’il vit. Il ne l’a jamais vu voler : le premier vol a eu lieu le 4 juillet 1986, onze semaines après sa mort. C’est peut-être là l’enseignement le plus utile. Ce qu’il avait construit a tenu sans lui, parce qu’il reposait sur une ligne connue de tous et non sur la présence du fondateur.

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Nadia Le Brun

Rédactrice spécialisée en économie et entrepreneuriat, Nadia décrypte l’actualité des entreprises, des dirigeants et des grandes fortunes. Elle met en lumière les tendances qui façonnent le monde des affaires et l’investissement.
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