Dix à quinze milliards d’euros : c’est le coût des canicules et de la sécheresse de l’été 2026 avancé le 12 août par Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, lors d’une réunion de crise consacrée à la sécheresse. Soit 0,3 à 0,5 point de PIB, alors que la croissance française 2026 est attendue à 0,7 % par l’Insee, le gouvernement et l’OCDE. La moitié de la croissance annuelle, absorbée par un été.
Ce que recouvre le chiffre
Coûts directs et indirects confondus, selon le ministère. Plusieurs réacteurs ont été arrêtés ou modulés cet été, notamment à Golfech, Tricastin, Saint-Alban, Bugey ou Chooz, la température des fleuves interdisant les rejets thermiques habituels. Sur le terrain, plus de 40 000 personnes ont subi des coupures d’eau au robinet, une cinquantaine de départements rencontrent des difficultés d’approvisionnement, plus de 550 000 habitants sont alimentés sous tension et plus de 3 millions sont en vigilance.
Le précédent sert de repère : la sécheresse de 2022 a été évaluée à plus de 5,6 milliards d’euros de coûts socio-économiques par le Commissariat général au développement durable, dont 3,5 milliards au titre des dommages aux bâtiments liés au retrait-gonflement des argiles. Dès le 27 juillet, la ministre annonçait un coût 2026 supérieur à celui de 2022 : « cette année, ces chiffres seront supérieurs à ce qu’ils étaient en 2022 ».
La nuance : un ordre de grandeur, pas une mesure
Le chiffre n’est pas consolidé, et cette réserve est décisive. La ministre l’a présenté comme une estimation de l’Insee, à prendre « avec beaucoup de précautions ». L’institut a indiqué ne pas en être à l’origine et ne disposer, à ce stade, d’aucune évaluation des coûts directs et indirects de l’été 2026. Le cabinet de la ministre a reconnu un calcul réalisé par les services du ministère, par extrapolation des épisodes précédents, sans le concours de macroéconomistes.
Ajoutons une seconde réserve, moins commentée : le calendrier des décaissements ne suit pas celui des annonces. Les fissures d’habitations, premier poste de la facture 2022, se règlent sur plusieurs exercices via le régime des catastrophes naturelles. Un montant agrégé annoncé en août ne dit rien de sa répartition dans le temps ni de sa ventilation entre assureurs, État, exploitants agricoles et entreprises.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Nous vous déconseillons de provisionner sur ce montant : aucune source statistique officielle ne le signe. Nous vous déconseillons tout autant de le traiter comme un simple élément de communication. Les faits physiques qui le sous-tendent, eux, sont documentés : eau rationnée, capacité nucléaire bridée, rendements agricoles dégradés, productivité des chantiers en baisse.
Trois questions méritent d’être posées à votre COMEX avant l’arbitrage budgétaire : quelle part de votre chiffre d’affaires dépend d’un site, d’un fournisseur ou d’un client situé dans un département en crise hydrique ? Vos contrats d’énergie et vos clauses de force majeure couvrent-ils une indisponibilité climatique récurrente ? Vos actifs immobiliers sont-ils exposés au retrait-gonflement des argiles ? La ministre a annoncé des propositions au début de l’automne et un retour d’expérience d’ici fin octobre. C’est le moment d’établir votre propre chiffrage, avant que le débat public ne fixe un cadre que vous subirez.



