Le 12 août 2026, à l’issue d’une réunion de crise consacrée à la sécheresse, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a chiffré le coût des canicules et de la sécheresse de l’été entre 10 et 15 milliards d’euros pour l’économie française. Soit 0,3 à 0,5 point de produit intérieur brut, sur une croissance attendue à 0,7 % en 2026. À ce niveau, l’aléa climatique cesse d’être un chapitre du rapport extra-financier : il devient une ligne de votre plan 2027.
Une précaution s’impose d’emblée, et elle est décisive pour l’usage que vous ferez du chiffre. Ce n’est pas une mesure, c’est une estimation. La ministre l’a présentée comme « l’estimation de l’Insee », en précisant qu’elle était « à prendre avec beaucoup de précautions ». Interrogé par l’AFP, l’Insee a répondu ne pas être à l’origine de ce chiffrage et ne pas disposer, à ce stade, d’une évaluation des coûts directs et indirects de la canicule de l’été 2026. Le cabinet de la ministre a ensuite indiqué que le montant avait été calculé par les services du ministère, par extrapolation des coûts des canicules précédentes, sans l’aide d’experts ni de macroéconomistes.
Ce que la sécheresse coûte déjà, sur le terrain
Les chiffres d’exploitation, eux, ne sont pas des extrapolations. Cinquante départements connaissent des tensions sur l’approvisionnement en eau potable. Plus de 40 000 personnes étaient privées d’eau au robinet à la mi-août, contre plus de 30 000, réparties dans 80 communes, le 27 juillet. Début août, l’approvisionnement de plus de 550 000 habitants était considéré comme en tension, celui de près de trois millions placé en vigilance. Pour un site agroalimentaire, une fonderie, un centre de données ou une blanchisserie industrielle, l’eau n’est pas une commodité de confort : c’est un intrant de production, et son arrêt ne se négocie pas.
L’ordre de grandeur avancé par la ministre est-il crédible ? Le point de comparaison existe : la sécheresse de 2022 a été chiffrée à plus de 5,6 milliards d’euros par le Commissariat général au développement durable, au ministère de la Transition écologique, dont 5,1 milliards de coûts directs. Pour les seules habitations, France Assureurs avait alors évalué les dégâts entre 1,9 et 2,8 milliards. Retenir 10 à 15 milliards pour 2026 revient donc à poser que cet été pèse près de deux à près de trois fois 2022. La ministre le justifie par une durée et une intensité supérieures. C’est plausible ; ce n’est pas encore établi.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Trois chantiers, avant l’arbitrage budgétaire de l’automne. D’abord, cartographier votre exposition physique réelle : sites dépendants de l’eau ou du refroidissement, mais aussi fournisseurs de rang 1 et 2, transport fluvial et rendements agricoles pour ceux dont les intrants viennent du champ. Ensuite, faire tourner le scénario dans le budget 2027 plutôt que de le commenter : arrêts partiels de production, absentéisme, surcoût énergétique, pénalités de retard. Enfin, rouvrir vos polices d’assurance et vos contrats de fourniture d’eau pour savoir ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas.
La nuance, pour finir, tient en une phrase. Ne provisionnez pas sur un chiffre non consolidé : sa méthode est aujourd’hui contestée, et aucune évaluation officielle n’est disponible à ce jour. La bonne discipline n’est pas d’inscrire 15 milliards dans un tableur commun, c’est de savoir, sans attendre un chiffrage national, ce que vous coûte précisément une semaine sans eau.




