Une tournée de Céline Dion, la visite d’un pape et quelques salons professionnels : voilà ce qui a porté l’activité d’Accor en France en septembre. Le 22 octobre, le groupe a publié un chiffre d’affaires trimestriel de 1 503 millions d’euros et relevé son objectif de résultat pour 2026. Dans le même mouvement, Sébastien Bazin a revu à la baisse son objectif d’ouvertures d’hôtels.
Les chiffres d’abord. Le chiffre d’affaires du troisième trimestre progresse de 9,8 % en publié, de 7,7 % à taux de change constant et de 8,6 % à périmètre et change constants. Le RevPAR, le revenu par chambre disponible, gagne 4,9 % sur un an : le prix moyen atteint 117 euros, en hausse de 4,7 %, quand le taux d’occupation s’établit à 70,6 %, quasi stable. Le segment Luxe et Lifestyle pèse 404 millions d’euros de revenus et affiche un RevPAR à 8,3 %, contre 3,2 % pour le Premium, Milieu de gamme et Économique. Au 30 septembre, le réseau comptait 5 857 hôtels et 885 219 chambres ouvertes.
Pourquoi Sébastien Bazin relève son objectif d’EBE 2026 ?
Parce que la croissance vient du prix, et que le prix tombe directement dans la marge. L’excédent brut d’exploitation courant attendu pour 2026 passe à une fourchette de 1 270 à 1 285 millions d’euros, contre 1 260 à 1 285 millions auparavant. Observez la mécanique : seul le bas de la fourchette bouge, le haut reste intact. Le groupe vise par ailleurs le haut de sa prévision de croissance annuelle du RevPAR, située entre 2 % et 2,5 %. Autrement dit, la révision ne promet rien de plus dans le meilleur scénario. Elle supprime le pire.
La nuance : les Émirats coûtent encore, et le réseau ralentit
Trois réserves. Les Émirats arabes unis restent le seul pays encore pénalisé par le conflit régional, avec un RevPAR en retrait d’environ 20 % sur un an, même si la situation s’améliore par rapport au trimestre précédent. L’effet est chiffrable : hors Moyen-Orient, le RevPAR du Luxe et Lifestyle ressort à 11,3 % au lieu de 8,3 %. La performance publiée est donc une performance amputée. Ensuite, l’objectif de croissance nette du réseau est ramené à une fourchette de 3 % à 3,5 %, là où le groupe visait environ 3,5 %. Enfin, le calendrier qui a dopé septembre en France ne se rejouera pas : un voyage papal et une tournée mondiale ne reviennent pas chaque année.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Trois enseignements de méthode. Une révision de prévision se lit par ses bornes, pas par son titre : relever un plancher en laissant le plafond immobile, c’est acheter de la crédibilité plutôt que de l’ambition. Ensuite, une croissance tirée par le prix moyen et non par le taux d’occupation est plus rentable, mais plus fragile : elle dépend d’une dépense que le client peut arbitrer du jour au lendemain. Enfin, publier le chiffre hors zone perturbée, comme Accor le fait avec le Moyen-Orient, montre le potentiel sans effacer la réalité comptable. Sébastien Bazin, qui a annoncé en mai 2026 son départ au plus tard en mai 2028, laissera un groupe plus rentable et un réseau qui grossit moins vite.
Dans votre dernière révision de prévisions, qu’avez-vous réellement relevé : le plancher ou le plafond ?










