Mardi, Gifi a annoncé à ses 6 000 salariés qu’il allait solliciter l’ouverture d’un redressement judiciaire. Ses fournisseurs, ses bailleurs et ses prestataires, eux, ne seront officiellement informés qu’à la publication du jugement d’ouverture.
Le 20 octobre, Patrick Puy, président du directoire de l’enseigne de bazar à prix bas, a annoncé aux équipes que le groupe allait solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire devant le tribunal de commerce de Toulouse. Le réseau compte plus de 500 magasins en France, 513 selon plusieurs décomptes de presse, et environ 6 000 collaborateurs, dont près de 600 au siège de Villeneuve-sur-Lot. « Le marché s’est nettement dégradé au cours de l’été », écrit le dirigeant, qui assure que la procédure n’aura « par elle-même, aucune conséquence immédiate sur l’emploi » et qu’aucun nouveau plan de sauvegarde de l’emploi n’est engagé à ce stade. Les magasins restent ouverts.
Le sauvetage de 2025 n’a pas tenu un an
Gifi, fondée en 1981 par Philippe Ginestet, n’est pas tombée en une saison. En 2025, les banques créancières, BNP Paribas et Crédit Agricole en tête, sont entrées à hauteur de 40 % du capital en échange d’un abandon de dette de plusieurs centaines de millions d’euros. La holding familiale du fondateur conserve 60 %. La presse économique situe le dernier exercice clos autour d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, en net recul. Cet automne, les mêmes banques ont refusé de remettre 50 millions. Entretemps, l’enseigne avait cédé une trentaine de magasins à Grand Frais, raté un changement de système informatique en 2023 et vu se succéder quatre dirigeants en deux ans. Patrick Puy, passé par Vivarte et Go Sport, a été nommé le 12 octobre, huit jours avant l’annonce.
Rien n’est encore ouvert, et c’est le point clé
La nuance est de taille : à ce stade, aucun jugement d’ouverture ne figure au Bodacc. Gifi annonce qu’il demande, le tribunal n’a pas statué. Un redressement n’est d’ailleurs ni une liquidation ni une faute, c’est une procédure de protection assortie d’une période d’observation. Mais les effets que redoutent les créanciers ne se déclenchent qu’au jugement : interdiction de payer les créances nées avant, obligation de déclarer sa créance dans les deux mois suivant la publication, poursuite des contrats en cours sur la seule décision de l’administrateur, paiement comptant des prestations postérieures. S’y ajoute la période suspecte : le tribunal fixe la date de cessation des paiements, jusqu’à dix-huit mois en arrière, et certains paiements encaissés dans cet intervalle peuvent être remis en cause.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
La fenêtre utile se referme au jugement, pas à l’annonce. Trois réflexes avant : chiffrer son exposition réelle, encours facturé, marchandises livrées non réglées et commandes engagées ; vérifier que la clause de réserve de propriété figure bien aux conditions acceptées par le client, car elle ouvre un droit de revendication de trois mois à compter de la publication du jugement ; préparer sa déclaration de créance plutôt que de l’improviser sous délai. Passer en paiement comptant ou suspendre les livraisons se décide maintenant. Après, la décision appartient à l’administrateur.
Combien pèse votre plus gros client dans vos encours à trente jours, et que se passe-t-il si ce montant est gelé lundi ?










