Octave Klaba : du data center en feu à la Bourse en sept mois

Octave Klaba, fondateur d’OVHcloud

À 00 h 47, dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, 3,6 millions de sites web s’éteignent d’un coup. Répartis sur 464 000 noms de domaine selon le décompte de Netcraft, ils avaient un point commun : un bâtiment de Strasbourg, SBG2, où le feu vient de se déclarer. Il sera déclaré perte totale. Sept mois plus tard, l’entreprise qui l’exploitait entrait en Bourse.

Celui qui porte cette séquence s’appelle Octave Klaba. Né en 1975 en Pologne, il arrive à Roubaix au début des années 1990 avec sa famille, après la chute du bloc soviétique. Son père Henryk, ingénieur formé à l’École polytechnique de Varsovie, et sa mère Halina, qui deviendra directrice générale du groupe, notamment en charge des finances, lui prêtent 7 000 euros. OVH naît en novembre 1999 dans le Nord et héberge, vingt-deux ans plus tard, une part substantielle de l’internet français.

Ce que l’incendie détruit, et ce qu’il révèle

SBG2 avait été construit en 2016 pour accueillir jusqu’à 30 000 serveurs. Il en héberge environ 12 000, dans 590 baies, la nuit de l’incendie. Quatre des douze salles du bâtiment voisin, SBG1, sont ravagées. Les données et les sauvegardes stockées dans SBG2 sont perdues. Les caméras thermiques des pompiers repèrent deux onduleurs en feu. L’un d’eux avait été remis en service l’après-midi précédent, après une opération de maintenance.

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La réponse d’OVH ne passe pas par le silence. Le fondateur, alors président du conseil d’administration (Michel Paulin était directeur général), explique publiquement, en vidéo, ce que l’entreprise sait et ce qu’elle ignore encore. Côté industriel, 2 500 serveurs sont assemblés dès la semaine du sinistre à l’usine du groupe à Croix, près de Lille. Cinquante jours après le sinistre, le 7 mai 2021, le groupe annonce 98 % des services clients rétablis, soit 118 000 sur 120 000, et 15 000 serveurs neufs sortis de Croix.

Deux correctifs à la légende

Le 15 octobre 2021, OVH Groupe est coté sur Euronext Paris à 18,50 euros l’action, soit environ 3,5 milliards d’euros de capitalisation, pour 400 millions d’euros levés : 350 millions d’augmentation de capital et 50 millions cédés par les actionnaires existants. La famille Klaba, qui détenait 80 % du capital avant l’opération, en reste largement majoritaire.

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Première nuance : l’introduction en Bourse n’est pas une revanche sur l’incendie. Le projet lui était antérieur et a été officialisé dès juin 2021 pour l’automne. Seconde nuance : la reconstruction industrielle n’a pas clos le dossier. Environ 140 entreprises clientes se sont regroupées dans un recours collectif porté par le cabinet Ziegler & Associés, qui chiffre leurs préjudices à plus de 10 millions d’euros et a commencé à adresser ses mises en demeure à OVH fin mai 2022. Rapidité de redéploiement et solidité juridique sont deux sujets distincts, et le second se joue sur des années.

Ce que les dirigeants doivent en retenir

Nous retenons trois choses de cette séquence. La parole d’abord : en expliquant la panne lui-même, heure par heure, le fondateur a occupé un terrain que ses clients auraient sinon rempli à sa place. Le rythme ensuite : un plan de reprise se mesure en jours de production, pas en communiqués, et OVH avait une usine à Croix, donc un levier physique. La limite enfin : ce qui n’a pas été sauvegardé ailleurs n’a pas été récupéré, et aucune communication ne répare cela.

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Si votre principal service tombait cette nuit, qui prendrait la parole demain matin : votre direction, ou vos clients à votre place ?

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Nadia Le Brun

Rédactrice spécialisée en économie et entrepreneuriat, Nadia décrypte l’actualité des entreprises, des dirigeants et des grandes fortunes. Elle met en lumière les tendances qui façonnent le monde des affaires et l’investissement.
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