Moins de sept mois avant de déposer son bilan, Duralex avait levé 7 millions d’euros auprès de plus de 21 000 particuliers, dont les 5 premiers millions en six heures. Ce n’est donc pas l’argent qui a manqué. Mercredi 14 octobre, le tribunal de commerce d’Orléans a retenu l’offre de Cédric Meston pour la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin : 155 postes conservés sur 219 salariés, 16 millions d’euros de financement, et un trentenaire qui n’avait jamais touché au verre.
L’offre, portée par sa holding Tomé créée en 2022, l’a emporté face à celle du groupe Carlesimo, qui proposait 129 emplois. Le plan de financement atteint 16 millions d’euros : 10 millions de fonds privés, auxquels participe Xavier Niel via NJJ Capital, et 6 millions de prêts publics, soit 4 millions de l’État, 1 million de la région Centre-Val de Loire et 1 million d’Orléans Métropole. Soixante-quatre salariés ne sont pas repris. Silham El Kasmi, 23 ans chez Saint-Gobain puis le groupe Saur, est nommée directrice générale et annonce 2 millions d’euros d’investissement par an pour remettre l’outil industriel à niveau.
La méthode : acheter l’outil, pas le passif
Cinq leviers se lisent dans le dossier. Le point de départ : une reprise à la barre efface la dette et permet de repartir avec de la trésorerie, ce que la coopérative n’a jamais eu. Le partage du risque : sur 16 millions, l’essentiel vient de co-investisseurs et de prêteurs publics, pas du seul repreneur. Le périmètre social est arbitré à l’entrée plutôt que promis puis renié, avec des réembauches conditionnées au retour de l’activité. Le management est industriel et non financier, confié à une dirigeante qui a passé plus de vingt ans dans les matériaux. Enfin le capital est séquencé : 2 millions par an tout de suite, le passage du four du gaz à l’électrique repoussé à 2029, après une année d’études. Tomé détient déjà Tupperware France, reprise en 2025, Blue Digo et Sol Semilla ; en revanche HappyVore, souvent citée au même titre, n’était pas une reprise mais une création de 2019, que Cédric Meston a quittée depuis.
La nuance : le capital n’était pas le problème principal
Le redressement judiciaire du 1er juin 2026 est le cinquième en une vingtaine d’années, moins de deux ans après le passage en coopérative de l’été 2024, dans lequel environ 60 % des salariés étaient entrés au capital. Le chiffre d’affaires progressait de 7 % fin 2025, et la trésorerie était pourtant vide : en mai, les salariés n’ont touché que la moitié de leur paie. La nouvelle directrice générale constate que l’entreprise « a surproduit ces dernières années ». Un four verrier consomme qu’on vende ou non : 2 millions par an ne règlent ni le prix de l’énergie ni le niveau de la demande. Quant aux salariés coopérateurs, ils passent de copropriétaires à salariés d’un management vertical. Et le repreneur rachète l’activité, pas les titres participatifs : leur remboursement reste une créance sur la coopérative en redressement, derrière les créanciers mieux classés.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Un tribunal n’arbitre pas le meilleur prix, mais le couple industriel et social le mieux financé : 155 emplois adossés à des prêts publics ont battu une offre moins-disante sur l’emploi. L’attachement du public finance une levée de fonds, jamais un modèle économique : 21 000 souscripteurs n’ont pas corrigé une surproduction. Et un plan crédible assume ce qu’il ne fait pas tout de suite, le four électrique en 2029, plutôt que de tout promettre pour l’an prochain.
Dans votre dernier plan de redressement interne, qu’avez-vous financé exactement : l’outil de demain, ou le passif d’hier ?







