Patrick Puy a pris la présidence du directoire de GiFi le 12 octobre. Huit jours plus tard, il réunissait un comité social et économique extraordinaire pour annoncer aux 6 000 salariés français de l’enseigne qu’elle allait solliciter son redressement judiciaire. Quatrième dirigeant en deux ans, ce spécialiste du retournement a tranché en huit jours.
La demande a donc été annoncée mardi 20 octobre, pour un réseau de plus de 500 magasins. La lettre de Patrick Puy évoque le « tribunal compétent » sans le nommer ; selon Sud Ouest, il s’agit du tribunal de commerce de Toulouse, dont dépend le siège de Villeneuve-sur-Lot. « Pour protéger l’entreprise et poursuivre son activité, nous avons décidé de solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire », écrit Patrick Puy à ses équipes, dans une lettre citée par l’AFP. Il invoque un marché qui « s’est nettement dégradé cet été », assure que la procédure n’aura « aucune conséquence immédiate sur l’emploi » et qu’« aucun nouveau PSE n’est engagé à ce stade ». Les magasins restent ouverts.
Que change le redressement judiciaire de GiFi pour un fournisseur ?
Tout, et à partir d’une date très précise : le jugement d’ouverture. Au 21 octobre, le tribunal de commerce de Toulouse n’a pas encore statué. Le jour où il le fera, trois effets s’enclenchent d’un coup.
Les créances nées avant le jugement sont gelées : leur paiement est interdit, et vous devez les déclarer au mandataire judiciaire dans les deux mois suivant la publication du jugement au BODACC, sous peine de forclusion. Les contrats en cours, eux, ne tombent pas automatiquement : ils se poursuivent, mais c’est l’administrateur judiciaire qui décide de les maintenir ou d’y renoncer. Enfin, les paiements et les garanties obtenus pendant la période suspecte, que le tribunal peut faire remonter jusqu’à dix-huit mois avant le jugement, sont susceptibles d’être annulés.
Un règlement arraché la semaine dernière n’est donc pas définitivement acquis.
Pourquoi cette annonce n’était pas vraiment une surprise ?
Parce que les signaux s’empilaient depuis deux ans. GiFi, fondée en 1981 par Philippe Ginestet à Villeneuve-sur-Lot, paie une migration informatique ratée en 2023 et la pression d’Action, de Maxibazar et de Temu sur son cœur de gamme. L’enseigne a cédé une trentaine de magasins à Grand Frais, et quatre dirigeants se sont succédé à sa tête en deux ans. Selon L’Express, deux procédures de conciliation avaient déjà été ouvertes en 2024 et 2025.
La nuance compte toutefois : un redressement judiciaire n’est ni une liquidation ni une sanction. C’est une procédure de protection, qui ouvre une période d’observation de six mois renouvelable. Les magasins continuent de vendre, et les contrats de travail restent en vigueur.
Que vérifier avant le jugement d’ouverture ?
La fenêtre se compte en jours, pas en mois. Nous retenons trois réflexes : cartographier l’encours réel exposé sur GiFi, factures émises comme marchandises déjà expédiées ; identifier les sûretés dont vous disposez vraiment, clause de réserve de propriété en tête, seule arme sérieuse pour revendiquer un stock non payé ; et préparer dès maintenant la déclaration de créance plutôt que d’attendre la publication au BODACC.
Reste la question qui dépasse ce dossier. Sur vos dix premiers clients, combien pourraient déposer une demande comparable dans les six mois, et le sauriez-vous avant la presse ?










