Les cours du pétrole ont décroché de plus de 5 % lors de la séance du mardi 4 août, le Brent repassant sous les 80 dollars le baril. Le déclencheur est diplomatique : le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré sur CNBC que Washington était « en discussions avec les Iraniens » et qu’un accord visant à rouvrir le détroit d’Ormuz pouvait intervenir « aujourd’hui ou demain ». Le même jour, la Bourse de Paris signait un double record, en séance et en clôture, le CAC 40 terminant à 8 667 points, en hausse d’un peu plus de 0,6 %.
Le message envoyé aux directions générales est direct : la prime géopolitique qui pèse sur vos coûts d’énergie et de transport depuis cinq mois vient de se dégonfler d’un cran. Ce n’est pas un épisode de marché à observer de loin, c’est une variable de vos marges du second semestre.
D’où vient cette prime de risque
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié expédiés par mer dans le monde, est fermé depuis les premiers jours de mars 2026, après les frappes américano-israéliennes du 28 février sur l’Iran. Un mémorandum d’entente signé le 17 juin par Donald Trump et Massoud Pezeshkian avait ouvert une réouverture partielle, avant que la trêve ne se rompe début juillet, à la suite d’attaques contre des navires marchands. Le trafic y est aujourd’hui résiduel — une quinzaine de passages en vingt-quatre heures début août, contre plus d’une centaine par jour avant le conflit — et les primes d’assurance de risque de guerre se sont envolées, au point de devenir dissuasives pour une partie des armateurs. Ces surcoûts ne sont jamais restés chez l’assureur : ils ont remonté la chaîne logistique jusqu’au prix des marchandises, donc jusqu’à vos comptes.
Repasser sous 80 dollars efface une bonne partie de cette prime. Mais nous vous invitons à regarder ce que le marché achète exactement : une intention, pas une signature.
La nuance : une détente annoncée, pas actée
Aucun accord n’était conclu au matin du 5 août. Le précédent de juin est là pour rappeler qu’un texte signé au plus haut niveau peut ne pas survivre trois semaines. Téhéran a fait savoir que l’accord négocié avec Oman resterait différé tant que les menaces militaires américaines persisteraient, pendant que Donald Trump avertissait que l’Iran serait « frappé très fort » en cas d’échec des négociations. Le dispositif en discussion est par ailleurs temporaire : soixante jours, renouvelables. Autrement dit : une accalmie sous condition, réversible en une séance.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Trois décisions se posent maintenant, et non en septembre.
D’abord, le rythme de couverture carburant. Une fenêtre s’ouvre à des niveaux nettement inférieurs à ceux du printemps. La saisir intégralement en pariant sur l’accord est aussi risqué que de ne rien couvrir : un séquencement par paliers, déclenché par des jalons vérifiables plutôt que par des déclarations, reste la position la plus défendable devant un conseil.
Ensuite, les clauses d’indexation transport. Beaucoup ont été renégociées dans l’urgence sur des hypothèses de baril à trois chiffres. Vérifiez la formule exacte : une indexation sur moyenne mensuelle vous protège d’un mouvement de ce type, une clause adossée au cours spot vous y expose intégralement. Tant que le rapport de force commercial vous est favorable, un plancher et un plafond valent mieux qu’un pari directionnel.
Enfin, les budgets logistiques de rentrée. Ne les recalibrez pas sur le point bas du 4 août. Construisez-les sur une fourchette, et documentez le scénario de retour de tension : ce n’est jamais le niveau du baril qui déstabilise une entreprise, c’est l’écart entre ce niveau et celui inscrit dans son budget.




