Le premier marché d’Hermès n’a pas gagné un euro ce trimestre. L’Asie-Pacifique hors Japon, 1 650 millions d’euros et 40 % des ventes du groupe, ressort à 0,0 % à taux de change constants. Et Hermès a quand même publié une croissance. C’est toute la leçon de ce trimestre.
Le 22 octobre, la maison a annoncé un chiffre d’affaires trimestriel de 4 096 millions d’euros, en hausse de 4,3 % à taux de change constants et de 5,5 % en données publiées. Sur neuf mois, les ventes atteignent 12 260 millions d’euros, soit 5,5 % de plus à taux constants, mais 2,9 % seulement une fois intégré un effet de change défavorable de 310 millions d’euros.
Un seul métier porte la croissance
L’équation se résout avec un chiffre : 1 912 millions d’euros. C’est ce que la maroquinerie-sellerie a réalisé sur le trimestre, en progression de 10,8 % à taux constants. Près de la moitié des ventes du groupe, et l’essentiel de sa croissance. Autour, le paysage est moins flatteur : le vêtement et les accessoires reculent de 2 %, l’horlogerie de 6 %, les autres métiers Hermès de 1,1 %. Le parfum et la beauté (+7,5 %) et la soie (+1,4 %) ne compensent pas.
Par zone, le constat est le même : tout tient hors de Chine. Le Japon progresse de 9,6 %, l’Europe hors France de 9,5 %, les Amériques de 8,8 %, la France de 3,6 %. Le Moyen-Orient recule de 4,5 %, et l’Asie-Pacifique hors Japon, premier marché du groupe, fait du surplace. Eric du Halgouët, directeur financier, a qualifié le marché chinois de « très difficile » tout en confirmant la poursuite des investissements dans le pays.
Tenir le cap a un prix
« En dépit d’une conjoncture complexe, Hermès poursuit sa croissance rentable et garde le cap », déclare Axel Dumas, gérant de la maison, qui dit inscrire sa vision « dans le long terme ». Traduction opérationnelle : pas de remise, pas de course au volume, pas d’ouvertures en rafale pour combler un trou de demande. Le métier historique absorbe le choc, et le modèle reste intact.
La nuance est sévère. Ce cap maintenu se paie en rythme : la croissance trimestrielle à taux constants a été divisée par plus de deux en un an, après 9,6 % au troisième trimestre 2025. Les ventes sont ressorties sous les attentes du marché, qui tablait sur une croissance de 5,2 % à taux constants et sur un chiffre d’affaires compris entre 4,10 et 4,13 milliards d’euros selon les consensus. Le titre a cédé 4,9 % à la clôture du 22 octobre, dernier du CAC 40 ce jour-là, dans un indice en baisse de 1,4 %. Les résultats annuels, le 12 février 2027, diront ce que cette discipline a protégé en marge.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
La concentration est une arme et une exposition : le métier qui sauve le trimestre rend aussi le groupe dépendant de lui. Hermès peut se le permettre parce que son produit cœur garde un pouvoir de prix intact et une demande supérieure à son offre. La question n’est pas de copier le modèle, mais de savoir ce qui, chez vous, tiendrait si le marché principal s’arrêtait net.
Combien de points de croissance vous resterait-il demain si votre meilleure ligne cessait de progresser ?










