Romain Niccoli : deux produits ratés, 250 millions pour Pigment

Romain Niccoli, cofondateur de Pigment et de Criteo

Son premier produit était un site de recommandation de films. Personne n’en a voulu. Le deuxième, un widget de recommandation pour blogs, a trouvé son public mais aucun revenu. Vingt et un ans plus tard, l’ingénieur qui portait cette technologie a annoncé, le 21 octobre, une levée de 250 millions de dollars pour sa troisième entreprise. Romain Niccoli a cofondé Criteo en 2005, puis Pigment en 2019.

Pigment, éditeur parisien de logiciels de planification pour les directions financières et commerciales, a bouclé une série E de 250 millions de dollars menée par le Scaleup Europe Fund, géré par EQT, aux côtés de World Innovation Lab et de ses actionnaires historiques Greenoaks, ICONIQ, IVP et Meritech. La valorisation ressort à 2,3 milliards de dollars, soit le double de la précédente. L’entreprise revendique plus de 100 millions de dollars de revenus récurrents annuels, doublés en un an, et cite parmi ses clients L’Oréal, Unilever, Danone, Siemens, Snowflake et Anthropic. Depuis sa création en 2019, elle a levé 650 millions de dollars au total.

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Criteo : trois ans pour trouver le bon produit

Le parcours de Romain Niccoli explique l’appétit des investisseurs. Diplômé de l’École des Mines de Paris, passé par cinq ans d’ingénierie logicielle chez Microsoft aux États-Unis, il fonde Criteo à Paris en 2005 avec Jean-Baptiste Rudelle et Franck Le Ouay. L’idée initiale, un service de recommandation de films, ne trouve pas son public. La deuxième, un widget de recommandation largement adopté par les blogueurs, trouve une audience mais pas de modèle économique. Le premier produit commercial n’est lancé qu’en 2008 : le reciblage publicitaire, qui poursuit sur le web l’internaute ayant consulté un produit sans l’acheter. C’est lui qui mènera Criteo au Nasdaq en octobre 2013, avec une introduction d’environ 250 millions de dollars. Directeur technique, puis également directeur général délégué, Niccoli quitte ce mandat en janvier 2017. Il figure parmi les cofondateurs de Less, société de covoiturage urbain créée en octobre 2016 à l’initiative de Jean-Baptiste Rudelle et rachetée par BlaBlaCar en avril 2018. Pigment suit en 2019, avec Eléonore Crespo, ancienne de Google et d’Index Ventures.

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Ce que la leçon du pivot omet

Deux nuances s’imposent. La première porte sur la morale habituelle de cette histoire. Ce n’est pas la vitesse du pivot qui a sauvé Criteo : il a fallu trois ans, deux produits abandonnés et un passage au bord de l’asphyxie financière. Ce qui a été décisif, c’est la capacité à rester solvable assez longtemps pour se tromper deux fois. La seconde concerne Pigment : 2,3 milliards de dollars de valorisation pour un peu plus de 100 millions de revenus récurrents, soit plus de vingt fois les revenus, c’est le prix d’une anticipation, pas d’une performance établie. Et Nvidia, dont la présence au tour de table a été largement commentée, avait seulement annoncé son intention d’investir : sa participation n’était pas finalisée à la date de l’annonce.

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Ce que les dirigeants doivent en retenir

Trois enseignements se dégagent. D’abord, un premier produit est une hypothèse de marché, pas un engagement : le budget de son abandon doit être prévu avant son lancement. Ensuite, la ressource qui conditionne le pivot n’est pas l’agilité mais la trésorerie, car c’est elle qui achète le temps nécessaire. Enfin, une valorisation doublée n’est pas un résultat : elle mesure ce que des investisseurs acceptent de parier sur une croissance future, et ce pari peut se retourner.

Combien de mois votre trésorerie vous laisse-t-elle pour vous tromper une deuxième fois ?

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Nadia Le Brun

Rédactrice spécialisée en économie et entrepreneuriat, Nadia décrypte l’actualité des entreprises, des dirigeants et des grandes fortunes. Elle met en lumière les tendances qui façonnent le monde des affaires et l’investissement.
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