Le plan sécheresse présenté le 4 septembre 2026 par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard mobilise plus d’un milliard d’euros pour les 30 000 à 35 000 exploitations que le ministère estime avoir un besoin urgent de soutien. Baptisé CASI (climat, adaptation, sécheresse, incendies), il combine 520 millions d’euros d’indemnisation de solidarité nationale, de l’ordre de 300 millions de dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties, 235 millions pour un « fonds de réarmement agricole » et 20 millions de prise en charge de cotisations sociales MSA. Pour un COMEX, l’information n’est pas le montant. C’est ce que ce montant ne couvre pas.
Que contient le plan sécheresse, et pourquoi est-il jugé insuffisant ?
Le plan répond à un été hors norme. Selon le ministère de l’Agriculture, 95 départements ont été soumis à des restrictions d’eau et les pertes de rendement atteignent de l’ordre de 50 % dans de nombreux territoires, en particulier sur les cultures non irriguées. L’objectif affiché par la ministre est de court terme : « Le pays a un double impératif devant lui : indemniser les pertes pour éviter des faillites et relancer la production. »
Les syndicats jugent l’enveloppe sous-dimensionnée. La FNSEA estime les pertes du secteur à environ 10 milliards d’euros et réclame au moins 2 milliards d’aides, son secrétaire général Hervé Lapie jugeant que « ce n’est pas à la hauteur de l’ambition ». La nuance vient du syndicat lui-même : « On a toujours dit que l’État n’était pas là pour compenser les 10 milliards d’euros », déclare Hervé Lapie, qui chiffre le besoin à « au moins 2 milliards ». Ces 10 milliards restent une estimation syndicale, non un chiffrage officiel audité. La Confédération paysanne, qui réclamait « au moins 2 à 3 milliards », avance de son côté, par la voix de son porte-parole Stéphane Galais, que « 82 % des paysans et des paysannes » sont « laissés sur le bord de la route ».
Pourquoi le plan sécheresse ne protège pas votre chaîne d’approvisionnement ?
Le point aveugle est là, et il vous concerne directement. Le 1er septembre, lors de sa conférence de rentrée, La Coopération agricole a présenté une enquête menée fin août dans son réseau : les difficultés d’approvisionnement se traduisent par des reculs de volumes de 25 à 80 % selon les filières, sans baisse correspondante des coûts fixes. Conséquence directe pour l’aval : les cadences des sites de transformation ont baissé en moyenne de près de 20 %, soit l’équivalent d’une journée de production perdue chaque semaine, certaines usines ayant dû s’arrêter un ou plusieurs jours par semaine. Les pertes de chiffre d’affaires vont de quelques millions à plus de 100 millions d’euros selon les entreprises.
« Les coopératives sont la continuité des exploitations et elles sont aujourd’hui dans l’angle mort de la crise », résume Florence Pradier, directrice générale de La Coopération agricole. L’organisation réclame la réouverture des négociations avec la grande distribution et la restauration hors domicile, pour adapter les contrats à la réalité des volumes et des coûts.
Ce que les dirigeants doivent retenir du plan sécheresse
Le milliard d’euros stabilise l’amont agricole, pas le maillon industriel qui vous livre. Si vous achetez des matières premières agricoles, si vos contrats comportent des clauses de volume ou d’indexation, ou si votre restauration collective est sous marché pluriannuel, l’ajustement se jouera en renégociation, pas en subvention. Trois réflexes s’imposent avant la fin du trimestre : cartographier les références mono-source sur une filière touchée, réexaminer les clauses de force majeure et de révision de prix, arbitrer entre sécurisation des volumes et défense du prix. Une réserve, tout de même : l’impact varie fortement selon les filières et les régions, et les marchés mondiaux peuvent amortir une partie de la tension sur les prix. La question à poser à votre prochain comité de direction est simple : sur combien de vos références un défaut de volume, et non un défaut de prix, viderait votre linéaire au premier trimestre 2027 ?



