En décembre 2015, des investisseurs payaient 4,21 euros une action Miliboo au moment de l’introduction en Bourse. En octobre 2026, le fondateur de l’enseigne de mobilier en ligne a racheté un tiers du capital de sa propre société à 1 euro l’action. Guillaume Lachenal passe de 15,78 % à 48,81 % du capital et redevient le premier actionnaire de l’entreprise qu’il avait cotée près de onze ans plus tôt.
L’opération, annoncée le 15 octobre et déclarée finalisée le 21 octobre, s’est jouée hors marché, en blocs. Le groupe M6 a cédé la totalité de ses 1 483 213 actions, soit 21,40 % du capital, et quitte le tour de table. Auriga Partners a vendu 806 260 titres, soit 11,63 %, et reste présent à 17,45 %. Les deux blocs ont été payés 1 euro par action : 33 points de capital pour environ 2,3 millions d’euros.
Ce que M6 laisse sur la table
Le groupe audiovisuel était entré au capital en juillet 2022 sans décaisser un euro. Sa participation venait de la conversion en actions de 3,75 millions d’euros d’obligations accumulées au titre d’un accord dit media for equity : de l’espace publicitaire fourni à Miliboo, rémunéré en titres plutôt qu’en liquide. L’opération avait renforcé les fonds propres du distributeur et allégé sa dette d’autant. Quatre ans plus tard, ces mêmes titres repartent pour moins de 1,5 million d’euros, très en deçà de leur valeur d’entrée.
Premier actionnaire n’est pas majoritaire
C’est la nuance qu’impose la mécanique des droits de vote. Avec 48,81 % du capital, Guillaume Lachenal ne détient que 46,32 % des droits de vote réels, via ses sociétés GL Capital, Belharra et Nexus. Auriga Partners conserve 17,45 % du capital mais 24,22 % des droits de vote, un concert d’actionnaires 12,70 % du capital et 13,08 % des droits de vote, le public 18,31 % du capital et 14,50 % des droits de vote. Le fondateur redevient donc premier actionnaire, au capital comme aux droits de vote, sans disposer de la majorité en assemblée.
Le point n’est pas théorique, car la suite passe par un vote. Miliboo propose d’abandonner le conseil d’administration pour un directoire et un conseil de surveillance, afin de séparer la direction du contrôle. Le directoire réunirait Guillaume Lachenal, Nadège Léger, directrice des opérations, et Claire Tang, directrice marketing. La résolution est soumise à l’assemblée générale extraordinaire du 20 novembre 2026, où une modification des statuts exige une majorité renforcée, pas une majorité simple.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Attention au contresens : il ne s’agit pas du sauvetage d’une société en perdition. L’exercice clos le 30 avril 2026 est présenté comme record et rentable, avec 44 millions d’euros de chiffre d’affaires, et la feuille de route annonce une accélération en Europe, une gamme salle de bain et une intégration renforcée de l’intelligence artificielle.
La leçon est patrimoniale plus que boursière. Un cours déprimé n’érode pas seulement une valorisation : il transforme un actionnaire financier arrivé au bout de son horizon de détention en vendeur pressé, et il met le rachat à portée de qui peut le financer. Ici, le financement est bancaire : Guillaume Lachenal a remercié la Société Générale de son accompagnement. Un vendeur arrivé à échéance et un acheteur capable de mobiliser un crédit, deux conditions rarement réunies au même moment, ce qui explique que peu de fondateurs refassent ce chemin en sens inverse. « Porter ma participation à 48,8 % du capital traduit ma conviction sur le fort potentiel de développement de Miliboo vingt ans après sa création », déclare Guillaume Lachenal.
À quel prix vos propres investisseurs accepteraient-ils de sortir aujourd’hui, et qui, autour de votre table, aurait les moyens de les remplacer ?










