Saab vient de publier un trimestre record, et le signal dépasse largement la Suède. Avec un chiffre d’affaires de 25,5 milliards de couronnes suédoises au Q2 2026 (+30 % de croissance organique) et un carnet de commandes qui bondit de 197,6 à 317,7 milliards SEK en un an (+61 %), le groupe scandinave s’impose comme le premier bénéficiaire industriel du réarmement européen. Pour les dirigeants, ce n’est plus un sujet géopolitique lointain : c’est un appel d’air industriel massif, avec des retombées directes sur l’électronique, la cybersécurité et la mécanique de précision.
Des chiffres qui traduisent un changement d’échelle
Les prises de commandes du trimestre atteignent 68,4 milliards SEK, portées par un contrat de 47 milliards pour des sous-marins destinés à la Pologne. La marge EBIT progresse à 11 % (contre 10 % un an plus tôt), et le cash-flow opérationnel se redresse spectaculairement : de -1,1 milliard SEK au Q2 2025 à -62 millions seulement cette année. Le ratio commandes/facturation (book-to-bill) atteint 2,7x, signe que la demande dépasse encore très largement la capacité de livraison.
Le CEO appelle l’Europe à repenser ses achats d’armement
Micael Johansson, PDG de Saab, a profité de cette publication pour lancer un message politique : l’Europe doit abandonner ses achats fragmentés, pays par pays, au profit de partenariats industriels de long terme. Son argument : le modèle actuel, fondé sur des appels d’offres ponctuels, ne permet pas de construire les capacités de production nécessaires face à la menace. Saab, qui a anticipé la vague dès 2023 en investissant massivement dans ses sites industriels et ses recrutements, récolte aujourd’hui les fruits de cette anticipation.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Le réarmement européen n’est plus une promesse budgétaire : il se traduit déjà dans les carnets de commandes. Pour les ETI et PME positionnées sur l’électronique embarquée, les systèmes de communication sécurisés, la mécanique de haute précision ou la cybersécurité, le marché de la sous-traitance défense européenne représente désormais plusieurs dizaines de milliards d’euros annuels. Attention toutefois : ces cycles sont longs (livraisons étalées sur 5 à 10 ans), dépendants de décisions politiques réversibles, et la concurrence américaine reste féroce. Le signal est clair, mais l’exécution demandera de la patience et des investissements capacitaires préalables, exactement comme Saab l’a fait trois ans plus tôt.



