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Sur une ancienne friche ferroviaire d’Arles, une tour d’acier torsadée capte la lumière que Van Gogh venait chercher ici : elle a coûté environ 150 millions d’euros, et Maja Hoffmann n’a jamais voulu confirmer le montant. Sa fortune personnelle, elle, est documentée : 9,11 milliards de dollars au 10 septembre 2026, selon le Bloomberg Billionaires Index. Héritière du laboratoire pharmaceutique Roche, elle n’a pourtant jamais dirigé une ligne de production de médicaments. Elle a choisi de bâtir une institution culturelle en Provence.
Ce qu’il faut retenir
- La fortune de Maja Hoffmann atteint 9,11 milliards de dollars (422e rang mondial, Bloomberg Billionaires Index, 10 septembre 2026).
- Elle provient intégralement d’une participation de 1,5 % dans Roche, détenue via un pool familial de 17 actionnaires.
- Elle a injecté entre 100 et 200 millions d’euros dans LUMA Arles, sans jamais rendre public le montant exact.
Quelle est la fortune de Maja Hoffmann en 2026 ?
La fortune de Maja Hoffmann est estimée à 9,11 milliards de dollars au 10 septembre 2026 par le Bloomberg Billionaires Index, qui la classe au 422e rang mondial. Le chiffre n’a rien de statique : il a progressé de 484 millions de dollars depuis le 1er janvier, soit une hausse de 5,6 % en huit mois et demi.
Mettre ce delta en perspective donne le vertige. En 2026, la seule appréciation de son portefeuille représente environ trois fois le coût estimé de LUMA Arles, le chantier culturel qui a occupé quinze années de sa vie. Elle n’a pas eu besoin de vendre une action pour financer une tour de Frank Gehry.
Sa sœur Vera Michalski-Hoffmann affiche exactement la même valorisation, 9,11 milliards de dollars, au 423e rang. Ce n’est pas une coïncidence : les héritiers de la quatrième génération détiennent des parts quasi identiques d’un même bloc d’actions. Leur fortune monte et descend ensemble, au rythme d’un seul titre coté à Zurich.
D’où vient l’argent de Maja Hoffmann ?
L’argent de Maja Hoffmann vient d’une seule source : Roche Holding, le laboratoire bâlois fondé en 1896 par son arrière-grand-père Fritz Hoffmann-La Roche. Bloomberg lui attribue environ 1,5 % du capital du groupe.
Cette participation n’est pas détenue isolément. Elle s’inscrit dans un pool familial de 17 actionnaires descendants du fondateur, qui contrôlent ensemble quelque 69 millions d’actions et, selon Bloomberg, environ 45 % des droits de vote. Le dispositif verrouille la gouvernance d’un groupe qui emploie plus de 90 000 personnes dans une centaine de pays et figure au quatrième rang mondial des laboratoires pharmaceutiques par le chiffre d’affaires 2024.
Le détail qui distingue Maja Hoffmann de ses pairs tient en une ligne : elle ne siège pas au conseil d’administration de Roche. Son frère André Hoffmann, lui, en est le vice-président. Elle encaisse les dividendes, il pilote la stratégie. Cette répartition tacite, au fond, explique tout le reste de sa trajectoire.
Restait l’héritage moral. Son père, Luc Hoffmann (1923-2016), ornithologue et cofondateur du WWF, avait déjà transformé une rente pharmaceutique en outil de conservation en Camargue. « Il nous a appris à le respecter, ce qui était facile parce qu’il nous donnait le bon exemple », résumait-elle dans un entretien accordé à Alain Elkann. La méthode était dans la maison bien avant qu’elle ne s’en empare.
Pourquoi Maja Hoffmann a-t-elle investi des centaines de millions à Arles ?
Parce qu’elle a voulu produire, pas collectionner. La LUMA Foundation, créée à Zurich en 2004, s’est installée à Arles en 2013 sur le Parc des Ateliers, une friche des ateliers SNCF laissée à l’abandon. « C’est d’abord un centre de production : photographie, cinéma, art, engagement social, nature, écologie », décrit-elle.
Le bâtiment signal, la tour dessinée par Frank Gehry, a ouvert à l’été 2021 : 15 000 m² et 11 000 panneaux d’acier inoxydable inclinés, pensés pour renvoyer la lumière que Van Gogh peignait à Arles en 1889.
Le coût, lui, reste un angle mort revendiqué. Bloomberg évoque un investissement d’environ 100 millions d’euros, la presse spécialisée retient 150 millions, plusieurs titres français parlent de près de 200 millions. Maja Hoffmann n’a jamais tranché. Cet écart de 100 millions entre les estimations publiques dit quelque chose d’un mécénat qui refuse la comptabilité publique — et que la ville accepte, parce que l’effet d’entraînement est mesurable.
Arles en vit. Les Rencontres de la photographie, dont elle est l’une des mécènes, ont revendiqué 175 000 visiteurs uniques en 2025 et près de 59 millions d’euros de retombées économiques, selon les chiffres communiqués par les organisateurs. Une friche industrielle est devenue un actif territorial.
« On m’a traitée d’utopiste, mais j’ai toujours vu la réalité de ce que je peux faire », répond-elle à ceux qui ont moqué le projet à ses débuts.
Que pèse Maja Hoffmann face aux autres héritiers-mécènes ?
Elle se situe dans la moyenne haute d’une catégorie très particulière : celle des héritiers qui recyclent une fortune industrielle en institutions culturelles. Le tableau ci-dessous replace sa fortune dans ce paysage.
| Nom | Fortune estimée | Secteur d’origine | Points communs avec Maja Hoffmann |
|---|---|---|---|
| Maja Hoffmann | 9,11 Md$ (422e) | Pharmacie (Roche) | — |
| André Hoffmann | 10,7 Md$ (août 2026) | Pharmacie (Roche) | Son frère, même pool d’actionnaires, même héritage environnemental — mais lui siège au conseil |
| Vera Michalski-Hoffmann | 9,11 Md$ (423e) | Pharmacie (Roche), édition | Sa sœur, valorisation identique, mécénat reporté sur le livre plutôt que sur l’art contemporain |
| François Pinault | 17,1 Md$ (172e) | Luxe (Kering) | Même conversion d’un capital industriel en institutions muséales, collection de plus de 2 000 œuvres |
Sources : Bloomberg Billionaires Index, relevés du 10 septembre 2026 (août 2026 pour André Hoffmann).
La comparaison avec François Pinault a ses limites : le fondateur de Kering a construit son capital avant de le transformer en musées. Maja Hoffmann, comme Gérard Wertheimer chez Chanel, appartient à la catégorie des héritiers discrets, qui n’ont jamais eu à prouver qu’ils savaient gagner de l’argent.
Comment faire fortune comme Maja Hoffmann ?
Personne ne reproduira l’héritage. La méthode de déploiement du capital, en revanche, est parfaitement transposable à une entreprise de taille moyenne. Les étapes clés de son parcours dessinent un modèle assez clair.
- Se former hors du métier familial. Elle étudie le cinéma à New York, à la New School puis à NYU, dans les années 1980, et réalise un documentaire sur des pêcheurs sahariens. Leçon : une compétence propre protège d’une légitimité empruntée.
- Accepter de ne pas tout diriger. Elle laisse la gouvernance de Roche à son frère et concentre son énergie sur un périmètre qu’elle maîtrise. Leçon : la dispersion coûte plus cher que la délégation.
- Acheter l’actif que personne ne veut. Une friche SNCF en 2013 ne valait rien. Leçon : la création de valeur se joue sur le prix d’entrée.
- Financer sur fonds propres et tenir la durée. Huit ans séparent l’acquisition du Parc des Ateliers de l’ouverture de la tour Gehry. Leçon : l’absence de dette achète du temps, et le temps fait le reste.
- Structurer plutôt que subventionner. « J’essaie de mélanger des moyens — de l’énergie, de la finance et du savoir-faire — pour faire exister des projets », explique-t-elle. Leçon : un chèque sans ingénierie ne produit rien de durable.
Locarno, la Camargue et le cinéma : l’autre portefeuille de Maja Hoffmann
Arles n’occupe qu’une partie de son agenda. Désignée en juillet 2023 puis confirmée en septembre, Maja Hoffmann est entrée en fonction en 2024 comme première femme présidente du Festival du film de Locarno, l’un des plus anciens festivals de cinéma au monde.
Elle produit également. Son nom apparaît au générique de documentaires consacrés à Peggy Guggenheim, Marina Abramović et Jean-Michel Basquiat. Elle préside le Swiss Institute de New York et la Fondation Vincent van Gogh d’Arles, occupe la vice-présidence de la Fondation Emanuel Hoffmann à Bâle et siège aux conseils des Serpentine Galleries à Londres, de la Kunsthalle de Zurich, du New Museum et du Center for Curatorial Studies de Bard College. ArtReview l’a inscrite à son classement des cent personnalités les plus influentes du monde de l’art.
Plus inattendu : elle exploite La Chassagnette, restaurant biologique étoilé au Michelin, en pleine Camargue. La boucle avec le père ornithologue se referme là, dans un potager.
À retenir
- Une fortune à source unique : tout dépend du cours d’une seule action, Roche.
- Un pouvoir exercé hors de l’entreprise familiale, jamais dedans.
- Un mécénat conçu comme un investissement territorial, pas comme un don.
- Une opacité budgétaire assumée, qui reste sa principale zone de critique.
Foire aux questions
Quel âge a Maja Hoffmann et de qui est-elle la fille ?
Née en 1956, Maja Hoffmann a 70 ans. Elle est la fille de Luc Hoffmann, ornithologue et cofondateur du WWF, et de Daria Razumovsky. Sa fratrie compte André Hoffmann, vice-président de Roche, et l’éditrice Vera Michalski-Hoffmann.
Maja Hoffmann dirige-t-elle Roche ?
Non. Elle détient environ 1,5 % du capital via le pool d’actionnaires familial, mais ne siège pas au conseil d’administration et n’exerce aucune fonction opérationnelle dans le groupe pharmaceutique.
Combien a coûté LUMA Arles ?
Le montant exact n’a jamais été rendu public. Les estimations disponibles vont d’environ 100 millions d’euros à près de 200 millions, la fourchette la plus souvent citée étant de 150 millions d’euros. Maja Hoffmann a toujours refusé de commenter ces chiffres.
Reste une question que son cas pose à tous les territoires en reconversion : quand une seule fortune privée finance le renouveau culturel d’une ville, que se passe-t-il le jour où elle se retire ? À Arles, personne ne souhaite connaître la réponse.
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