La Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre. Le taux de la facilité de dépôt passe à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %, avec effet au 16 septembre. C’est la deuxième hausse de l’année, après celle du 11 juin qui avait porté ces taux à 2,25 %, 2,40 % et 2,65 %, et après une pause le 23 juillet. La décision a été prise à l’unanimité du Conseil des gouverneurs.
Une inflation que l’énergie tire vers le haut
L’inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août selon l’estimation rapide d’Eurostat, contre 2,9 % en juillet, son plus haut niveau depuis trois ans. L’énergie affiche à elle seule une hausse de 14,3 % sur un an, dans le sillage du conflit au Moyen-Orient.
Les projections des services de la BCE ont été révisées en conséquence : 3,0 % d’inflation en moyenne en 2026, 2,5 % en 2027, contre 2,3 % attendus en juin, et 2,1 % en 2028. Hors énergie et alimentation, la trajectoire est plus lente encore, à 2,6 % en 2027 et 2,3 % en 2028. La croissance, elle, est projetée à 0,9 % cette année et 1,4 % en 2027.
Christine Lagarde a justifié le geste en conférence de presse : « Le choc énergétique pourrait encore s’intensifier et ses effets sur les autres prix et les salaires être plus forts qu’anticipé actuellement. » Elle a présenté la hausse comme une décision évidente, robuste dans les trois scénarios économiques retenus par l’institution.
Ce que les marchés en ont fait
La séance du 10 septembre s’est achevée sur une tension générale des taux longs. Le rendement de l’OAT française à 10 ans a gagné près de dix points de base pour finir à plus de 4,40 %, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis 2008. Le Bund allemand à 10 ans s’est rapproché de 3,5 %, au plus haut depuis 2011. L’écart entre les deux, le spread OAT-Bund, a dépassé 90 points de base à la clôture, son plus haut niveau depuis 2012. Le Brent a bondi de près de 5 % sur la séance, pour terminer au-dessus de 106 dollars le baril.
La nuance, et ce que vous devez recalculer
Nous ajoutons deux réserves. La première : ce choc est d’origine énergétique et géopolitique, donc réversible. Si les cours du pétrole refluent, la trajectoire d’inflation se détend vite. La BCE ne s’engage d’ailleurs sur rien, et Christine Lagarde a indiqué que le Conseil n’avait débattu d’aucune trajectoire future de taux. La seconde : une part de la tension sur l’OAT relève de la prime de risque budgétaire française, pas de la politique monétaire. Le spread avec l’Allemagne se creusait déjà avant le 10 septembre.
Pour un dirigeant, la conséquence reste mécanique. Le coût de vos lignes de crédit indexées sur les taux courts a monté deux fois en trois mois, et la référence longue qui sert à valoriser vos projets d’investissement s’est encore tendue. Trois chantiers avant la clôture de l’exercice : retester vos covenants financiers avec un coût de la dette supérieur à celui retenu au printemps, recalculer le taux d’actualisation de vos plans 2027, et passer en revue les échéances de refinancement qui tombent en 2027 et 2028. Les deux prochaines décisions de la BCE sont attendues le 29 octobre et le 17 décembre. D’ici là, un plan de financement bâti sur les taux d’avant l’été n’est plus à jour.


