Cent euros misés en 2015, près de 100 000 euros en moyenne au terme des huit ans de blocage du fonds. C’est ce qu’a rapporté la reprise de La Redoute par Nathalie Balla aux salariés qui l’ont suivie. En juin 2014, Kering finalise la cession de l’entreprise de Roubaix et de sa filiale Relais Colis pour 1 euro symbolique à deux de ses propres cadres : Nathalie Balla, PDG de La Redoute, et Éric Courteille, secrétaire général de Redcats. La maison, fondée en 1837, perd alors de l’ordre de 50 millions d’euros par an et sort d’un conflit social dur.
Que contenait vraiment la reprise de La Redoute à 1 euro ?
Bien plus qu’un euro. L’accord, annoncé le 4 décembre 2013 et signé le 2 juin 2014, s’accompagnait d’un apport de Kering de près de 500 millions d’euros : environ 315 millions consacrés à la transformation de l’entreprise et 180 millions au financement des mesures sociales. Le plan social portait sur 1 178 postes supprimés sur 3 437, étalés sur quatre ans.
Les deux repreneurs ont créé une structure nouvelle, New R, dont ils ont pris la majorité, à hauteur de 51 %. Sur les 49 % restants, 33 % sont allés à une cinquantaine de cadres et 16 % à un fonds commun de placement de reprise ouvert à l’ensemble des salariés. Au printemps 2015, 1 574 salariés de La Redoute et de Relais Colis y ont souscrit, soit plus d’un sur deux, pour une mise de l’ordre de 100 euros, complétée par un abondement de l’entreprise.
Comment le pari de Nathalie Balla s’est-il transformé en 100 millions d’euros ?
Par un changement de métier, pas par un plan d’économies. La direction bascule le modèle du catalogue papier vers le e-commerce, ferme des points de vente et modernise la logistique. Le premier exercice en indépendance reste douloureux : 40 millions d’euros de perte en 2015. La trajectoire s’inverse ensuite, au point d’attirer un acheteur industriel.
Le groupe Galeries Lafayette annonce en août 2017 une prise de participation majoritaire de 51 %, finalisée en avril 2018 après feu vert des autorités de concurrence. En mars 2022, un accord est trouvé sur les 49 % restants, détenus par les dirigeants et par les salariés actionnaires. L’opération est bouclée en décembre 2022. Les quelque mille salariés actionnaires de La Redoute et de Relais Colis se partagent une enveloppe d’environ 100 millions d’euros, soit près de 100 000 euros en moyenne.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
La nuance est indispensable. Ce que le marché appelle un jackpot a d’abord été précédé d’un plan social : les 1 178 suppressions de postes sont intervenues avant les 100 000 euros moyens revenus à ceux qui sont restés et qui avaient souscrit. Le symbole de l’euro, lui, masque une réalité peu commentée : c’est le vendeur qui a payé pour sortir, pas l’acheteur pour entrer.
Autre réserve, sur la suite. Le redressement n’a pas figé l’entreprise dans le succès : La Redoute a enregistré une perte nette de 21,7 millions d’euros en 2024 selon ses comptes déposés, et a recentré son offre sur la décoration et l’équipement de la maison. La leçon reste entière pour un dirigeant : un actif que votre secteur juge invendable est souvent le seul qu’on vous laissera reprendre à vos conditions. Encore faut-il accepter que la valeur créée se mesure huit ans plus tard, et pas au moment de la signature.

