Vos dispositifs de sécurité tiennent. C’est votre processus de validation qui cède. L’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), adossé à la Banque de France, a présenté le 7 septembre 2026 son rapport annuel : la fraude par manipulation, celle où c’est la victime elle-même qui valide le paiement, a bondi de 34 % en 2025 pour atteindre 516 millions d’euros. Elle pèse désormais plus de 40 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement scripturaux, contre 32,1 % un an plus tôt.
Moins d’attaques, mais plus chères
Le montant total de la fraude s’établit à 1,24 milliard d’euros en 2025, en hausse de 3,8 % sur un an. Le contraste est l’information principale du rapport : dans le même temps, le nombre d’opérations frauduleuses recule d’environ 8 %. Les fraudeurs frappent moins souvent, mais chaque coup rapporte davantage.
Ce basculement a une conséquence directe pour les directions financières : le virement est devenu le premier moyen de paiement en montant de fraude, devant la carte bancaire. L’OSMP relève par ailleurs que le taux de fraude sur la carte reste à un niveau historiquement bas, porté par l’authentification forte et par les contrôles sur les paiements à distance. Autrement dit, la barrière technique fonctionne. Les fraudeurs l’ont contournée en s’adressant à l’humain plutôt qu’au système.
Pourquoi le virement est la cible logique
Le virement est l’instrument qu’un collaborateur peut engager seul, pour un montant élevé, en quelques minutes, dès lors qu’il est convaincu de parler à son banquier, à son dirigeant ou à son fournisseur habituel. L’OSMP souligne que les fuites de données survenues ces derniers mois ont renforcé les moyens d’action des fraudeurs : un message d’hameçonnage nourri de vraies informations personnelles ou commerciales devient beaucoup plus difficile à écarter.
La nuance mérite d’être posée. Rapportée aux volumes échangés, la fraude au virement reste très faible : l’usage des moyens de paiement a lui aussi progressé en 2025, et le taux de fraude demeure maîtrisé sur l’ensemble des instruments. Nous ne sommes pas devant un effondrement de la sécurité des paiements, mais devant un déplacement du point d’attaque. Et ce déplacement vise précisément le maillon qu’aucun outil ne sécurise à votre place : la décision de valider.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Trois chantiers concrets. D’abord, la vérification du bénéficiaire (VoP), obligatoire depuis le 9 octobre 2025 pour les virements SEPA en euros, classiques comme instantanés : elle compare le nom du bénéficiaire à celui du titulaire de l’IBAN. Utile, gratuite, mais elle ne protège pas contre un fournisseur réel dont les coordonnées ont été détournées.
Ensuite, le double regard sur les changements de RIB fournisseur et sur les virements exceptionnels, avec un rappel sur un canal différent de celui de la demande. C’est la seule contre-mesure qui résiste à un interlocuteur crédible.
Enfin, testez le processus, pas le discours. Une simulation interne se mène avec les moyens du bord, et elle a un avantage décisif : elle révèle la faille avant le débit, et non après. Une fois le virement exécuté, les fonds sont difficiles à récupérer.


