Uber a officialisé le 16 juillet 2026 le rachat de Delivery Hero pour 14,8 milliards de dollars, soit environ 12,7 milliards d’euros. Une opération colossale qui fait de Dara Khosrowshahi le maître incontesté du dernier kilomètre mondial, et qui offre aux dirigeants une leçon magistrale de timing stratégique.
Comment Uber a verrouillé Delivery Hero : les chiffres d’une offensive calculée
L’offre publique valorise chaque action Delivery Hero à 41,50 euros. Uber, déjà actionnaire à hauteur de 36 % du groupe allemand, a renforcé une première proposition formulée en mai pour obtenir l’adhésion unanime du directoire et du conseil de surveillance. Prosus, autre actionnaire de poids, s’est engagé irrévocablement à apporter ses titres, portant l’intérêt économique d’Uber à environ 53 %. L’opération, financée par trésorerie propre et un prêt relais de 14 milliards de dollars, reste soumise aux autorisations réglementaires et devrait être finalisée au second semestre 2027.
En parallèle, Delivery Hero cède ses activités dans 14 marchés où Uber Eats opère déjà au fonds SSW Partners pour 1,4 milliard d’euros, afin d’alléger sa dette et de faciliter le feu vert des régulateurs.
La stratégie du dernier consolidateur : pourquoi Khosrowshahi a attendu
Ce rachat s’inscrit dans une vague de consolidation du secteur. DoorDash a absorbé le britannique Deliveroo, Prosus a racheté le néerlandais Just Eat Takeaway. Dara Khosrowshahi a appliqué une méthode que tout dirigeant en quête de croissance externe devrait étudier : laisser la concurrence s’épuiser financièrement, puis frapper avec une offre irrésistible une fois la cible fragilisée. Delivery Hero, malgré ses 3 millions de livreurs actifs dans 50 marchés et un volume brut combiné de 236 milliards de dollars (chiffres 2025 pro forma), accumulait les pertes et cherchait un adossement solide.
La plateforme combinée couvrira 99 marchés, faisant d’Uber le plus grand acteur de la livraison hors Chine. Uber s’est également engagé à maintenir le siège berlinois de Delivery Hero jusqu’en 2029 et à investir 2 milliards d’euros en Allemagne d’ici 2031.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
La nuance est pourtant de taille : le risque réglementaire. À 99 marchés, Uber atteint une position dominante qui attirera l’attention des autorités de concurrence en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Le titre Delivery Hero cotait d’ailleurs sous le prix de l’offre après l’annonce, signe que les investisseurs anticipent un processus d’approbation long et incertain.
Pour un dirigeant, la leçon tient en trois points. Premièrement, la patience paie : entrer trop tôt dans une guerre d’enchères coûte plus cher que d’attendre le bon moment. Deuxièmement, la consolidation est un jeu de bilan, pas seulement de vision : Uber a pu frapper parce qu’il avait atteint la rentabilité durable sous Khosrowshahi. Troisièmement, toute méga-acquisition comporte un angle mort réglementaire qu’il faut anticiper dès la structuration de l’offre.



