Trésorerie : les cinq leviers à activer avant d’appeler sa banque

un dirigeant prépare son plan de trésorerie avant un rendez-vous bancaire

Le carnet de commandes est plein, le compte de résultat est positif, et pourtant le solde bancaire se dégrade semaine après semaine. C’est la situation la plus fréquente et la plus mal comprise : une entreprise rentable peut manquer de trésorerie pendant des mois sans jamais afficher de perte. Le décalage ne vient pas du résultat, il vient du temps qui sépare une facture émise d’un encaissement réel.

Le réflexe est alors d’appeler sa banque. Nous observons qu’il arrive presque toujours trop tard : une ligne est demandée sans que le besoin ait été chiffré. Le banquier, lui, lit exactement l’inverse : il veut voir ce que vous avez activé avant de venir le voir. Cinq leviers existent, tous internes, tous actionnables sans autorisation extérieure. Ils se travaillent dans l’ordre.

Les repères que votre banque connaît déjà

Premier repère, le cadre légal des délais de paiement. L’article L441-10 du code de commerce fixe le délai de droit commun à trente jours après réception des marchandises ou exécution de la prestation. Les parties peuvent convenir d’un délai plus long, mais dans deux limites seulement : soixante jours à compter de l’émission de la facture, ou quarante-cinq jours fin de mois à compter de cette même date. Ces plafonds sont d’ordre public : un contrat ne peut pas les allonger. Certains secteurs relèvent en revanche de délais spécifiques fixés par l’article L441-11, le plus souvent plus courts : trente jours pour le transport routier de marchandises comme pour les produits alimentaires périssables.

Deuxième repère, le prix du retard. Le même article rend exigibles des pénalités de retard dès le lendemain de l’échéance, sans rappel ni mise en demeure. À défaut de taux stipulé au contrat, celui-ci est égal au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points de pourcentage ; lorsqu’il est stipulé, il ne peut pas descendre sous trois fois le taux de l’intérêt légal. Ce taux évolue : vérifiez la valeur en vigueur sur le site de la Banque de France ou sur service-public.fr. S’y ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de quarante euros par facture impayée, fixée par l’article D441-5 du code de commerce et due de plein droit.

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Troisième repère, la sanction quand c’est vous qui payez en retard. L’article L441-16 expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 euros pour une personne physique et 2 millions d’euros pour une personne morale, portés à 150 000 et 4 millions en cas de réitération du manquement dans les deux ans suivant la date à laquelle la première décision de sanction est devenue définitive. La DGCCRF publie ces décisions, la publication étant systématique en matière de délais de paiement. Étirer le poste fournisseurs n’est donc pas un levier neutre.

Quatrième repère, les deux lignes rouges juridiques. Lorsque les capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, les articles L223-42 pour les SARL et L225-248 pour les sociétés par actions imposent de convoquer les associés dans les quatre mois suivant l’approbation des comptes ayant fait apparaître cette perte, pour décider s’il y a lieu à dissolution anticipée. À défaut de dissolution, les capitaux propres doivent être reconstitués à hauteur de la moitié du capital au plus tard à la clôture du deuxième exercice suivant celui au cours duquel les pertes ont été constatées, ou le capital réduit à due concurrence. Depuis la loi du 9 mars 2023, la société qui n’y parvient pas dispose d’un délai supplémentaire pour ramener son capital sous un seuil fixé par décret. Et lorsque l’entreprise ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible, l’article L631-4 du code de commerce impose une déclaration au tribunal dans les quarante-cinq jours, sauf demande d’ouverture d’une conciliation dans le même délai.

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Les cinq leviers, dans l’ordre

1. Chiffrer le besoin avant de chercher à le financer. Construisez un plan de trésorerie glissant de treize semaines, en encaissements et décaissements réels, et non en chiffre d’affaires facturé. Il indique le montant du trou, sa date et sa durée. Sans lui, une demande de financement est un chiffre rond sans démonstration.

2. Réduire le délai de paiement clients. Mesurez votre délai moyen d’encaissement, facture par facture. Facturez le jour de la livraison, relancez avant l’échéance et non après, et appliquez réellement les pénalités et l’indemnité de quarante euros : elles sont dues de plein droit, les inscrire dans vos conditions générales de vente est une obligation, les réclamer est un choix.

3. Négocier le poste fournisseurs, dans la limite légale. Un échéancier discuté et écrit vaut mieux qu’un retard subi, mais il reste borné par les plafonds de l’article L441-10.

4. Mobiliser ce que vous détenez déjà. Vos créances clients sont un actif finançable : affacturage, escompte, ou cession de créances professionnelles par bordereau selon les articles L313-23 et suivants du code monétaire et financier. Ces outils transforment un encours existant en liquidité, au lieu de créer une dette nouvelle.

5. Ouvrir les dispositifs amiables avant le rendez-vous. La médiation du crédit aux entreprises, mise en œuvre par la Banque de France, est gratuite, confidentielle et ouverte à toute entreprise en difficulté avec un partenaire financier. En amont d’une procédure collective, le mandat ad hoc et la conciliation prévus aux articles L611-3 et L611-4 du code de commerce sont eux aussi couverts par la confidentialité, que pose l’article L611-15. Une réserve : si les parties demandent l’homologation de l’accord de conciliation, le jugement d’homologation est déposé au greffe et fait l’objet d’une mesure de publicité. Un accord simplement constaté par le président du tribunal, lui, n’est pas publié.

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Les erreurs qui coûtent le plus cher

Confondre rentabilité et liquidité est la première. Une croissance rapide consomme de la trésorerie : plus vous vendez, plus vous financez vos clients avant d’être payé.

Financer un besoin permanent avec du découvert est la deuxième. Un besoin en fonds de roulement structurel se finance par du haut de bilan ou du moyen terme ; le découvert se retire au moment où vous en avez le plus besoin.

Arriver sans plan de trésorerie est la troisième. Elle transforme une négociation en examen. La quatrième consiste à laisser courir le délai de quarante-cinq jours de l’article L631-4 : au-delà, si l’omission a été volontaire, le dirigeant s’expose à une interdiction de gérer au titre de l’article L653-8, alors que la conciliation restait ouverte.

Ce qu’il faut retenir

Un. Construisez cette semaine un plan de trésorerie à treize semaines en flux réels, et datez le point bas.

Deux. Sortez la balance âgée clients, identifiez les cinq plus gros retards et appliquez les pénalités légales et l’indemnité de quarante euros.

Trois. Vérifiez où vous vous situez face aux deux seuils juridiques : la moitié du capital social, et la capacité à faire face au passif exigible. Ces deux repères déclenchent des obligations, pas des options.

La vraie question n’est pas de savoir si votre banque vous suivra. Elle est de savoir combien de jours de chiffre d’affaires dorment dans votre poste clients pendant que vous préparez le rendez-vous.

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Nadia Le Brun

Rédactrice spécialisée en économie et entrepreneuriat, Nadia décrypte l’actualité des entreprises, des dirigeants et des grandes fortunes. Elle met en lumière les tendances qui façonnent le monde des affaires et l’investissement.
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