Savoir lire son bilan : les cinq signaux qui alertent avant le banquier

un dirigeant analyse le bilan de son entreprise avant un rendez-vous bancaire

Vos comptes annuels affichent un bénéfice, et quelques mois plus tard votre banque durcit ses conditions ou exige une caution personnelle. Le paradoxe n’en est pas un. Le compte de résultat raconte l’année écoulée ; le bilan, lui, dit ce qu’il vous reste et ce que vous devez. Un analyste crédit lit le second en premier.

La plupart des dirigeants découvrent la dégradation de leur structure financière au moment précis où ils ont besoin d’argent. C’est le pire moment : la marge de négociation a déjà disparu. Les signaux étaient pourtant lisibles dans le bilan, bien avant. Nous en avons retenu cinq, tous calculables à partir de votre liasse fiscale.

Les repères chiffrés que l’on applique à votre bilan

Quatre grandeurs suffisent à cadrer la discussion. La première est le ratio d’autonomie financière : capitaux propres divisés par le total du bilan. Les grilles d’analyse crédit publiées par les banques et les guides comptables situent le plancher autour de 20 % et placent la zone confortable au-dessus de 25 %, le plus souvent entre 25 % et 35 %, certaines retenant plutôt un tiers du total du bilan. En dessous de 20 %, l’entreprise est jugée dépendante de ses créanciers et tout nouveau concours devient difficile sans apport.

La deuxième est la capacité de remboursement : dettes financières rapportées à la capacité d’autofinancement, ou dette nette rapportée à l’excédent brut d’exploitation. Elle s’exprime en années. Les mêmes grilles retiennent un seuil de quatre années. Exprimé en dette nette rapportée à l’excédent brut d’exploitation, le covenant bancaire usuel se situe autour de trois à trois fois et demie, avec des variations sensibles selon les secteurs.

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La troisième est le délai de règlement clients : créances clients toutes taxes comprises, divisées par le chiffre d’affaires toutes taxes comprises, multipliées par 360. Comparez-le au plafond légal fixé par l’article L. 441-10 du code de commerce : 60 jours à compter de la date d’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le stipule expressément, et 30 jours après réception des marchandises ou exécution de la prestation à défaut d’accord entre les parties.

La quatrième est une identité comptable, pas un ratio : trésorerie nette = fonds de roulement moins besoin en fonds de roulement. Elle explique pourquoi une entreprise rentable peut manquer d’argent.

Les cinq signaux, dans l’ordre où ils apparaissent

1. La trésorerie nette devient négative alors que le résultat reste positif. Votre besoin en fonds de roulement dépasse votre fonds de roulement, et l’écart est comblé par du découvert ou de l’escompte. Le bénéfice existe, il est simplement immobilisé dans les stocks et les créances.

2. Le besoin en fonds de roulement croît plus vite que le chiffre d’affaires. Rapportez-le au chiffre d’affaires sur trois exercices. Si le ratio monte alors que l’activité progresse, votre croissance se finance de moins en moins elle-même : c’est la défaillance en pleine expansion.

3. Le ratio d’autonomie financière passe sous 20 %. Les pertes accumulées ou les distributions ont rogné les capitaux propres. À ce niveau, le dossier change de catégorie : votre interlocuteur ne discute plus un taux, il discute une garantie.

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4. La capacité de remboursement franchit trois à quatre années. Vérifiez aussi vos covenants : les contrats de prêt comportent souvent un ratio dette sur excédent brut d’exploitation à respecter, dont le franchissement peut rendre la dette exigible avant son terme.

5. Les capitaux propres passent sous la moitié du capital social. Ce signal n’est plus financier, il est juridique. Les articles L. 223-42 et L. 225-248 du code de commerce imposent alors de consulter les associés ou actionnaires dans les quatre mois qui suivent l’approbation des comptes faisant apparaître cette perte, afin de décider s’il y a lieu de dissoudre la société. À défaut de dissolution, les capitaux propres doivent être reconstitués ou le capital réduit au plus tard à la clôture du deuxième exercice suivant celui de la constatation des pertes.

Les erreurs fréquentes et ce qu’elles coûtent

La première erreur est de piloter au résultat. Un exercice bénéficiaire ne dit rien de votre solvabilité : il dit seulement que vos produits ont dépassé vos charges. La deuxième est de ne regarder le bilan qu’une fois par an, à l’assemblée d’approbation des comptes. Entre la clôture et cette assemblée, plusieurs mois s’écoulent pendant lesquels vos indicateurs bougent.

La troisième est de financer un besoin structurel avec des ressources courtes. Le découvert coûte cher, se retire vite et masque la vraie question, celle de votre fonds de roulement. La quatrième est d’attendre que quelqu’un d’autre tire le signal. Lorsqu’un commissaire aux comptes relève des faits de nature à compromettre la continuité de l’exploitation, l’article L. 234-1 du code de commerce ouvre une procédure d’alerte : le dirigeant dispose de quinze jours pour répondre, et le président du tribunal de commerce est informé si la réponse ne lève pas le doute.

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Le coût final est connu. Lorsque l’actif disponible ne permet plus de faire face au passif exigible, l’article L. 631-4 du code de commerce impose de demander l’ouverture d’un redressement judiciaire dans les quarante-cinq jours, sauf demande de conciliation dans ce même délai. Le dirigeant qui omet sciemment cette démarche s’expose à une interdiction de gérer, que le tribunal peut prononcer au titre de l’article L. 653-8 du même code. Quarante-cinq jours, c’est court quand on découvre le problème en lisant ses comptes.

Ce qu’il faut retenir

Calculez vos quatre indicateurs sur trois exercices, cette semaine. Autonomie financière, capacité de remboursement, délai clients, trésorerie nette. Ce n’est pas le niveau qui compte d’abord, c’est la pente.

Mettez le bilan à l’ordre du jour trimestriel de votre comité de direction, avec une situation intermédiaire même approximative. Un signal détecté au deuxième trimestre se traite ; le même signal découvert à l’assemblée se subit.

Demandez à votre banque les ratios qu’elle suit et les covenants qui figurent dans vos contrats, et consultez la cotation attribuée à votre entreprise par la Banque de France, dont les critères sont publiés dans son guide de référence. Vous saurez sur quels chiffres exacts vous êtes jugé.

Dernière question, celle qui décide du reste : de vos quatre indicateurs, combien savez-vous citer de mémoire pour le dernier exercice clos ?

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Nadia Le Brun

Rédactrice spécialisée en économie et entrepreneuriat, Nadia décrypte l’actualité des entreprises, des dirigeants et des grandes fortunes. Elle met en lumière les tendances qui façonnent le monde des affaires et l’investissement.
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