Le 19 août, la Réserve fédérale américaine a publié le compte rendu de sa réunion des 28 et 29 juillet. Il confirme un basculement que peu de plans de financement ont provisionné : au sein du comité de politique monétaire, le débat ne porte plus sur le calendrier d’une baisse des taux, mais sur l’opportunité d’une hausse.
Le 29 juillet, le FOMC a maintenu son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. La décision a été acquise par 9 voix contre 3. Beth Hammack (Fed de Cleveland), Neel Kashkari (Minneapolis) et Lorie Logan (Dallas) ont voté contre : les trois souhaitaient relever la fourchette d’un quart de point dès cette réunion. Trois dissidences simultanées restent un événement rare dans l’histoire récente du comité.
Ce que disent vraiment les minutes
Le compte rendu montre que le camp restrictif déborde largement les trois dissidents. « Plusieurs participants » se sont dits favorables à une hausse de 25 points de base dès juillet, et « de nombreux participants » ont estimé qu’un resserrement serait probablement nécessaire si l’inflation ne refluait pas. Surtout, aucun soutien à une baisse n’apparaît dans le document. Le contexte l’explique : l’indice des prix PCE, mesure privilégiée de la Fed, ressortait à 4,1 % sur un an en mai, et à 3,4 % hors alimentation et énergie, son plus haut niveau depuis octobre 2023. Dans son communiqué du 29 juillet, la Fed impute cette inflation, en partie, à « des chocs d’offre qui ont fait monter les prix dans certains secteurs, dont l’énergie ». Elle évoque par ailleurs, au sujet de l’activité, une incertitude élevée tenant en partie au conflit au Moyen-Orient, sans relier explicitement les deux.
La nuance : ce compte rendu a déjà vieilli
Nous vous invitons à ne pas surinterpréter ce document. Il décrit une réunion tenue fin juillet, avant trois publications qui ont changé la donne. Dès le 31 juillet, l’indice PCE de juin refluait à 3,7 % sur un an, et à 3,3 % hors alimentation et énergie. Le 7 août, le rapport sur l’emploi a fait état d’une destruction nette de postes en juillet, d’un taux de chômage à 4,1 % et d’une progression des salaires horaires ramenée à 3,2 % sur un an. Le 12 août, l’inflation a ralenti : 3,4 % sur un an pour l’indice des prix à la consommation, 2,5 % pour sa composante sous-jacente. Résultat, les marchés à terme n’accordent plus qu’une probabilité proche de 30 % à une hausse lors de la réunion du 16 septembre, très loin des niveaux atteints fin juillet, où elle dépassait 80 %. Goldman Sachs juge même le prix de marché trop restrictif et table sur un statu quo jusqu’à la fin de l’année, les baisses étant repoussées à 2027. Autrement dit, la hausse est redevenue un scénario possible, pas le scénario central.
Ce que les dirigeants doivent en retenir
Trois conséquences concrètes. D’abord, la symétrie du risque a changé : construire un plan de financement 2027 sur l’hypothèse d’un taux directeur américain en baisse n’est plus prudent, y compris pour une entreprise européenne, tant le coût de la dette en dollars conditionne les spreads de crédit et les taux longs mondiaux. Ensuite, la réunion du 16 septembre s’accompagnera de projections actualisées et du « dot plot » : c’est ce document, plus que la décision elle-même, qui donnera la trajectoire à retenir pour vos hypothèses budgétaires. Enfin, la volatilité du prix de l’argent est désormais dictée par l’énergie et la géopolitique, deux variables que vous ne maîtrisez pas.
La bonne discipline n’est pas de parier sur une direction, mais de tester vos covenants et votre échéancier de refinancement dans les deux sens : un scénario à 3,50 %, un scénario à 4,00 %. Si l’écart entre les deux met en danger votre respect des covenants, l’arbitrage à trancher se joue maintenant, pas le 16 septembre.




