Sur dix euros de marchandise vendue via Cdiscount, sept ne lui appartiennent pas. La marketplace de Cdiscount a représenté 72 % du volume d’affaires produits au deuxième trimestre 2026, soit 3,3 points de plus qu’un an plus tôt, selon le groupe Casino, qui a publié ces données le 30 juillet 2026. Dans un entretien à LSA, Thomas Métivier rappelle la cible qu’il s’était fixée en arrivant : 70 % de marketplace, 30 % de vente en propre. Elle est dépassée.
Il dirige Cnova et Cdiscount depuis le 16 janvier 2023, et en est président depuis 2024. Polytechnicien, ingénieur du corps des Mines, il dirigeait auparavant Octopia, la filiale du groupe spécialisée dans les solutions de marketplace. Son bilan de trois ans tient en une phrase, livrée dans le même entretien : « Nous sommes revenus dans une trajectoire de développement avec un modèle économique sain. »
Que change une marketplace à 72 % du volume d’affaires ?
Elle déplace le risque. Dans la vente en propre, Cdiscount achète, stocke, démarque et assume l’invendu. Sur la marketplace, le vendeur tiers porte le stock et l’enseigne encaisse une commission. L’entreprise revendique environ 20 millions de références et près de 10 000 vendeurs actifs, moins d’une candidature sur cinq étant acceptée.
L’arbitrage est d’abord logistique. Sur les produits à petit prix, explique Thomas Métivier, l’achat-revente ne couvre pas ses coûts : la profondeur de gamme passe par les tiers.
Les chiffres suivent. Au deuxième trimestre 2026, le volume d’affaires total progresse de 5,7 %, la marketplace de 12 %, les commissions de 11,8 % et la régie Cdiscount Advertising de 20,3 %. La base de clients actifs gagne 9 % et le recrutement de nouveaux clients 18 % sur le trimestre.
Pourquoi le chiffre d’affaires de Cdiscount recule-t-il quand la marketplace progresse ?
Parce qu’une vente de marketplace n’entre dans le chiffre d’affaires que pour sa commission, et non pour son prix de vente. Mécaniquement, plus le modèle fonctionne, plus le haut du compte de résultat se contracte : 454 millions d’euros au premier semestre 2026, en recul de 0,6 %, pour 29,1 millions d’euros d’EBITDA ajusté, en hausse de 1,6 million sur un an. Le volume d’affaires des ventes directes a cédé 4,5 % au deuxième trimestre.
La nuance mérite d’être posée. Cette bascule a restauré la marge, pas la valeur actionnariale. Casino a racheté les minoritaires de Cnova au prix de 0,09 euro par action fixé en justice, et le titre a été radié d’Euronext Paris en juin 2025.
Ce que les dirigeants peuvent en retenir
Nous en tirons trois points. L’ordre des opérations, d’abord : la crédibilité prix et la base clients ont été traitées avant la course au chiffre d’affaires. L’endroit de la marge, ensuite, qui se déplace du produit vers la commission, la publicité et les services vendus aux marchands. Le prix à payer, enfin : transférer le stock, c’est transférer aussi la maîtrise de l’offre, donc une part du contrôle de l’expérience client.
Reste la question que ce virage pose à toute entreprise qui ouvre sa plateforme à des tiers. Si votre chiffre d’affaires devait reculer pendant trois ans pour que votre marge progresse, combien de vos actionnaires tiendraient jusqu’au bout ?


