Le wokisme, qu’est-ce que c’est ? Explication d’un concept compris à tort et à travers

Le wokisme est un concept fortement débattu aujourd’hui en France. Pour cause, c’est malheureusement autour de lui que s’entretiennent les déboires politiques. De loin, il s’agit en effet d’un des plus vieux concepts de notre époque moderne. Son champ d’action relève de la justice sociale. Mais contre toute attente, la hargne politique en France a offert un placenta à la renaissance du wokisme. À tort ou à raison, certains politiques l’emploient en guise d’injure face à leurs adversaires, tandis que d’autres le présentent comme une chose à combattre. Au milieu de tout ce brouhaha, le concept qui surgit soudainement reste encore incompris pour bon nombre d’individus. Cet article vous fait la lumière sur le wokisme. Découvrez tout !

Comment peut-on définir le wokisme ?

Le terme wokisme résulte d’un verbe anglais « to wake » entendu comme « éveiller ». C’est le participe passé de ce verbe qui donne le mot « woke » qui signifie alors « être éveillé ». Mais pourquoi donc faut-il être éveillé ?

Cette question renvoie à la genèse de ce concept d’être woke. En fait, la plupart des opinions tendent à situer le wokisme aux débuts du Mouvement Black Lives Matter de 2008. Ce n’est pas le cas.

wokisme

En réalité, la naissance du wokisme date de plusieurs décennies avant le mouvement, car le concept commence avec le chanteur blues LeadBelly en 1938. Dans sa chanson Scottsboro Boys, Leadbelly aborde un événement d’injustice sociale qui date de 1931. Il s’agit d’une accusation de viol sur deux femmes blanches portée contre 9 adolescents noirs.

À travers sa chanson, Leadbelly appelait alors chacun à être éveillé. Il le dira précisément en ces mots : « Je conseille donc à tout le monde de faire un peu attention – mieux vaut rester éveillé, garder les yeux ouverts. » Cet appel à l’éveil était destiné à chacun afin de prendre conscience des injustices pour les combattre dans son entourage. Par la suite, cette exhortation à l’éveil devient une idéologie, le wokisme. Il implique pour ainsi dire la sensibilisation à la prise de conscience et la lutte contre toutes formes d’injustices sociales en commençant par le racisme.

D’ailleurs, des personnages importants tels que l’auteur afro-américain William Arthur Kelley ou encore Martin Luther King ont également appelé la jeunesse à être éveillé (woke).

La résurgence du wokisme

Après Martin Luther King en 1962, le wokisme connaîtra une forme d’hibernation. De toute évidence, même si la lutte contre les injustices sociales reste continuelle, on entendra très peu parler du wokisme. Toutefois, le terme refait surface en 2008 avec Erykah Badu, la chanteuse américaine qui dira 44 fois l’expression «  I stay woke » dans son titre Master Teacher. En conséquence, l’expression redevient populaire dans la couche juvénile américaine.

Lorsque le mouvement Black Lives Matter naît en 2013 suite au décès Trayvon Martin à cause d’une injustice raciale, le terme prend encore plus de l’ampleur. Il traverse alors les frontières états-uniennes pour conquérir le monde. Ce faisant, le wokisme passe outre-Atlantique et voit par ailleurs ses frontières s’élargir.

Par conséquent, le wokisme de nos jours ne concerne désormais plus les injustices raciales, mais aussi l’intégralité des injustices sociales. À cet effet, il lutte également contre les injustices dont les femmes sont victimes. De même, il s’attaque aux autres injustices relatives au genre telles que la communauté LGBT, les minorités comme les immigrés, etc. Plus encore, le wokisme contemporain s’intéresse à certaines inégalités dites subtiles et discrètes.

En outre, elles ne sont pas toujours évidentes ou flagrantes. Le cas par exemple du sexisme. Dans un recrutement par exemple, l’employeur peut avoir une préférence pour un homme plutôt qu’une femme, engendrant ainsi involontairement une injustice.

Pour ainsi dire, le wokisme lutte aussi contre des faits d’injustices qui résultent parfois de comportements volontaires ou involontaires. Pour ces cas précis, la démarche consiste à attirer fortement les attentions sur les facteurs prédisposant à l’injustice. À titre d’exemple, le privilège blanc, la facilité d’être hétéro plutôt qu’homosexuel. D’où le concept de l’intersectionnalité.

Les déboires du wokisme

Sur le terrain des luttes, le wokisme rencontre d’énormes difficultés. Il est indéniable que ses visions portent en elles-mêmes des gènes de contestation. En ce qui concerne les idéologies, l’humanité est, en effet, habituée à des frontières claires. On sait que Black Lives Matter est un mouvement de lutte anti-raciale aux États-Unis. De même, les gilets jaunes en France constituent un mouvement de lutte pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

Malheureusement, le wokisme avec son slogan « être éveillé », face à toutes les formes d’injustices, se retrouve sur tous les fronts. En d’autres termes, les frontières du wokisme s’étendent à l’infini, pour ne pas dire difficiles à cerner. C’est l’origine de tous les déboires. Les wokes subissent donc quasiment les mêmes sorts que les complotistes. Pendant qu’une partie se retrouve dans leur combat, une autre partie les désigne comme cibles à abattre tandis qu’une grande majorité peine à comprendre ses objectifs.

De plus en plus, les termes wokisme ou encore woke n’ont qu’une connotation péjorative. Se réclamer du wokisme n’est dès lors d’aucune noblesse, comme il en est souvent pour les activistes d’une cause noble.

Le wokisme : une menace contre les valeurs républicaines ?

Si le wokisme attire depuis 2020 davantage d’attention en France, c’est grâce à la classe politique. Plusieurs personnalités politiques ne manquent aucune occasion de lyncher le wokisme. Au nombre de ceux-ci, on retrouve premièrement Anne Hidalgo qui, d’une certaine manière, a contribué à l’emploi du concept. Ensuite, c’est Jean-Michel Blanquer qui donnera encore plus d’audience politique avec son Think Tank contre le wokisme sans oublier Edouard Philippe, un sérieux détracteur politique du wokisme.

En substance, c’est le sens péjoratif qui prime dans la plupart des discours politiques français. Le wokisme y est en effet, une injure directement adressée à la gauche radicale pour fustiger ses positions sur les questions suivantes :

  • l’intersectionnalité (le fait d’affirmer que certaines discriminations sont susceptibles de s’additionner) ;
  • la non-mixité pour l’association des victimes de discriminations ;
  • la dénonciation des oppressions systémiques ;
  • la dénonciation des inégalités liées au genre.

Ces détracteurs politiques estiment que le wokisme menace l’universalisme français en cherchant à propager une sorte de dictature des minorités. Ils voient une façon d’offrir l’occasion aux individus de se focaliser sur leurs particularités au détriment des valeurs républicaines.

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Cependant, il faut comprendre que ces personnalités exagèrent quelque peu dans la mesure où les points de vue de la gauche radicale ne relèvent pas tous du wokisme. La gauche radicale n’est certainement pas wokiste. Il s’agit d’une idéologie dont autant la gauche radicale que d’autres partis politiques peuvent être partisans.

Le concept fait-il l’unanimité ?

Même si le wokisme est sujet à de nombreux remous dans les sphères de la politique française, il n’est pas si connu que cela. D’après une recherche menée en 2021 par l’nstitut d’études opinion et marketing en France et à l’international (IFOP) sur la population française, les pensées wokes ont une faible adhésion. Les résultats démontrent que :

  • 14 % seulement parmi les personnes sondées ont entendu parler du wokisme ;
  • 6 % sont des personnes qui en connaissent le sens.

En conclusion, les Français sont désintéressés du wokisme. Mais il n’en est pas mieux ailleurs en Europe. Par exemple, YouGov a également mené un sondage au Royaume-Uni. Il y résulte un faible taux d’adhésion à l’idéologie wokes.

  • 23 % des Anglais ne se considèrent pas wokes ;
  • 12 % revendiquent leur appartenance tandis que les autres restants ne savent pas de quoi il s’agit.

Quel rapport avec la Cancel Culture ?

La Cancel Culture consiste à frapper d’ostracisme une personne d’une certaine manière en raison de ses positions politiques, ses déclarations publiques. Avec le wokisme, bien des gens sont tombés dans les affres de la Cancel Culture. Ce, pour diverses raisons comme propos homophobes, transphobes ou antisémites.

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