Le 16 juin 2025 marque un tournant pour le groupe Kering, en difficulté depuis plusieurs années. L’annonce surprise de la nomination de Luca de Meo en tant que directeur général sonne comme un pari audacieux : un homme de l’automobile à la tête d’un empire du luxe. Le successeur de François-Henri Pinault aura pour mission de réinventer une machine en panne, minée par une perte de vitesse de ses marques emblématiques, en particulier Gucci.
Un géant du luxe à bout de souffle
Depuis 2021, Kering enchaîne les contre-performances. La valorisation boursière a fondu de 78 %, les ventes chutent trimestre après trimestre, et Gucci, qui représente 50 % du chiffre d’affaires du groupe, ne séduit plus. En 2024, la marque italienne a enregistré un recul de 23 % de ses revenus, avec des collections qui peinent à convaincre et une direction artistique instable.
Le désamour est profond, et l’écart se creuse dangereusement avec ses concurrents. LVMH pèse aujourd’hui plus de 230 milliards d’euros, Hermès frôle les 240, pendant que Kering stagne à 21. Pour les analystes, seule une réinvention stratégique autour de Gucci permettra de remettre le groupe sur les rails.
Luca de Meo : un stratège au flair marketing éprouvé
Polyglotte, né à Milan, Luca de Meo a forgé sa carrière dans l’industrie automobile, où il a marqué les esprits par ses talents de visionnaire marketing. Chez Fiat, il a transformé la Fiat 500 en icône de style, en multipliant les séries limitées. À la tête de Renault, il orchestre la « Renaulution », repositionne les marques du groupe et ramène la marge opérationnelle à un niveau historique.
Sa force ? Savoir raconter une histoire autour d’un produit. Il ne se contente pas de le vendre, il le rend désirable. Une compétence précieuse dans l’univers du luxe, où la narration et l’émotion font toute la différence.
Une vision industrielle pour un groupe en perte de sens
Ce que Kering attend aujourd’hui, c’est une direction claire et un leadership capable de fédérer ses maisons autour d’une même dynamique. Les talents créatifs sont là : Anthony Vaccarello chez Saint Laurent, Louise Trotter chez Bottega Veneta, ou encore Sean McGirr chez Alexander McQueen. Mais il manque une vision globale, une discipline industrielle, et un plan solide pour recréer de la valeur.
Luca de Meo n’est pas un homme du luxe, mais il sait structurer, inspirer, et faire renaître des marques fatiguées. C’est ce qui a séduit François-Henri Pinault, qui lui confie les rênes avec pour mission de transformer un conglomérat désorganisé en machine à créer du désir.
Une prise de risque calculée pour un avenir incertain
L’arrivée de Luca de Meo est un pari, certes, mais elle représente peut-être la dernière chance pour Kering de redevenir un acteur incontournable du luxe mondial. Après des années d’errance stratégique, de changements de direction artistique et de baisse continue des performances, le groupe est à un tournant décisif de son histoire. De Meo, en raison de son profil atypique et de sa capacité à redresser des entreprises en crise, incarne un espoir de renaissance.
Ce choix audacieux a immédiatement été salué par les marchés. La réaction de la Bourse ne s’est pas fait attendre : le titre Kering a bondi de 6 % à l’annonce de sa nomination, preuve que les investisseurs perçoivent en lui un potentiel de transformation réelle.
L’arrivée de Luca de Meo à la tête de Kering marque une étape cruciale pour un groupe en quête de renouveau. Son parcours atypique, entre industrie automobile et marketing visionnaire, lui confère une capacité rare à redéfinir le rapport entre produit et désir. Si le défi est immense, le savoir-faire de cet homme d’action pourrait bien être la clé pour remettre Kering sur la voie de la croissance et du rayonnement international. Reste à voir comment il saura conjuguer créativité et discipline industrielle pour redonner à ce mastodonte du luxe toute sa grandeur.
