Dans un dossier aux enjeux financiers et juridiques considérables, l’Urssaf Ile-de-France réclame 1,7 milliard d’euros au géant américain de la mobilité Uber, estimant que la plateforme a dissimulé une relation salariale avec ses chauffeurs afin d’échapper à ses obligations sociales. Cette réclamation, révélée dans un rapport consulté par des journalistes de Revue21, alimente un débat central sur le modèle économique des plateformes numériques en France.
Une facturation sociale qui s’envole
Selon le document de 142 pages cité, l’Urssaf estime que 71 000 chauffeurs Uber ayant travaillé entre 2019 et 2022 auraient dû être considérés comme salariés, et non comme des prestataires indépendants. En conséquence, la plateforme serait redevable de 1,2 milliard d’euros de cotisations sociales non versées, auxquels s’ajoutent 512 millions d’euros de majorations de redressement, soit un total de 1,7 milliard d’euros.
Ce montant gigantesque s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la lutte contre le travail dissimulé en France, où l’Urssaf intensifie les contrôles et les redressements pour faire respecter les règles de cotisation sociale.
Uber conteste mais reste en discussions
Uber France a admis dans ses comptes pour 2024 que l’Urssaf avait engagé une action visant à réviser le calcul des cotisations, mais la société conteste fermement le bien-fondé de cette réclamation. Dans sa réponse, elle affirme maintenir une position de coopération tout en soulignant que l’estimation du montant reste incertaine et n’a pas été provisionnée dans ses états financiers.
Du côté de la plateforme, la définition du statut des chauffeurs indépendants se base notamment sur plusieurs décisions de la Cour de cassation, qui en juillet 2025 ont confirmé leur qualité d’indépendants dans certains contextes, un point que l’entreprise avance pour soutenir son modèle contractuel.
L’enjeu du statut des travailleurs des plateformes
Au cœur du conflit se trouve la question de la classification juridique des chauffeurs. L’Urssaf considère qu’Uber exerce de fait un lien de subordination juridique sur ses conducteurs, caractéristique d’un contrat de travail en raison de son pouvoir de direction, de contrôle et de sanction, malgré la présentation du modèle comme un contrat d’entreprise.
Ce débat n’est pas isolé : il reflète une tension plus large en Europe et en France sur la manière dont les plateformes numériques doivent être régulées dans l’économie dite « gig economy », et sur les droits sociaux qui doivent s’appliquer aux travailleurs qui y participent.
Ce que cela signifie pour les décideurs
Pour les dirigeants et décideurs économiques, ce bras de fer entre l’Urssaf et Uber pose plusieurs enseignements :
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La définition des relations de travail est devenue un enjeu stratégique majeur pour les plateformes, avec des conséquences financières potentiellement massives.
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Une réévaluation des modèles contractuels pourrait influencer d’autres secteurs de l’économie numérique et des services.
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Le cadre juridique français, soutenu par certaines décisions de justice, continue d’évoluer face aux défis posés par l’économie des plateformes.
Alors que les négociations restent en cours, cette affaire pourrait bien redéfinir le modèle social des plateformes en France et servir de référence pour d’autres litiges similaires à travers l’Europe.
