Face aux inquiétudes croissantes autour de la propagation de désinformation sur les réseaux sociaux, l’Europe s’engage dans un projet audacieux : la création d’une plateforme sociale baptisée W, pensée comme une alternative à X, le réseau social d’Elon Musk qui fait l’objet de critiques régulières sur sa modération de contenu et sa conformité aux règles européennes.
Un projet né à Davos avec un objectif clair
Présenté en janvier 2026 lors du Forum économique mondial de Davos, W s’inscrit dans une stratégie plus large de l’UE et d’organisations civiles visant à rénover l’espace public numérique en Europe. La plateforme se veut une réponse concrète à ce que ses initiateurs estiment être un manque d’outils efficaces contre les contenus mensongers et manipulateurs sur les réseaux existants.
L’acronyme W est volontaire : il évoque à la fois le pronom anglais we (nous) et deux valeurs fondamentales — Values (valeurs) et Verified (vérifié).
Selon ses promoteurs, W mettra l’accent sur :
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La vérification d’identité des utilisateurs pour réduire les faux profils et les bots, souvent impliqués dans la diffusion de désinformation ;
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Un hébergement et une gouvernance basés en Europe, soumis aux normes strictes de protection des données et de la vie privée européennes ;
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Des mécanismes transparents et robustes de modération, alignés sur les législations telles que le Digital Services Act (DSA).
Pourquoi cette initiative ?
Pour plusieurs responsables européens et experts, l’enjeu n’est pas seulement technique, mais politique et démocratique. Les plateformes sociales sont devenues des vecteurs clés de l’information publique, avec un impact direct sur les processus électoraux et le débat civique. Dans ce contexte, l’UE souhaite offrir une alternative conforme à ses standards en matière de transparence, de données et de lutte contre la désinformation.
Cette volonté s’inscrit dans un contexte plus large : au cours des dernières années, X anciennement Twitter a été critiqué par plusieurs acteurs européens pour sa gestion des contenus problématiques, notamment en matière de désinformation russe ou de contenus non conformes au DSA.
Un défi de taille : attirer les utilisateurs
Malgré ces plans ambitieux, W fait face à un défi stratégique majeur : convaincre les utilisateurs de quitter ou de compléter X, où se trouvent déjà des milliards d’interactions quotidiennes. Des initiatives similaires, comme les plateformes alternatives Mastodon ou Bluesky, n’ont jusqu’ici pas réussi à détourner massivement les utilisateurs d’un mastodonte social déjà bien implanté.
Une réponse européenne à une crise mondiale de l’information
W dépasse la simple création d’un réseau social : il s’agit d’un symbole de la rupture entre vision européenne et modèle global dominant en matière de régulation du numérique. En plaçant la preuve d’identité, la transparence et la responsabilité au cœur de l’expérience sociale en ligne, Bruxelles et ses partenaires cherchent à redonner de la crédibilité et de la confiance au débat public numérique.
Pour les décideurs économiques, responsables politiques et acteurs technologiques, W illustre une nouvelle étape de la souveraineté numérique européenne et un modèle alternatif à la domination des grandes plateformes américaines dans l’espace civic digital.
